Des racines anciennes

Les deux pays ont tous les deux subi une occupation étrangère, de caractère semi-colonial pour la Chine et colonial pour l’Inde. Après la répression de la révolte des Sepoys, le fossé s’accentuera entre Britanniques et Indiens, mais aussi entre hindous et musulmans avec la montée du nationalisme. L’Inde deviendra indépendante le 15 août 1947 dans les conditions dramatiques de la partition et des affrontements entre communautés. Quant à la Chine, après les « traités inégaux » qui ont permis, entre autres, la création d’enclaves occidentales sur le littoral chinois et l’annexion de territoires, la présence des « diables blancs » entraînera un profond sentiment xénophobe qui éclatera lors du soulèvement des Boxers contre les légations étrangères au début du XXe siècle. De plus, lors de la guerre russo-japonaise de 1905, elle a dû rester neutre dans le conflit qui avait pourtant comme enjeu l’une de ses provinces, la Mandchourie, d’où

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Leurs politiques étrangères

Leurs politiques étrangères

Les politiques étrangères regroupent les décisions prises par les détenteurs du pouvoir exécutif concernant la conduite des relations extérieures, elles sont mises en œuvre au travers de ministères dédiés. L’Inde et la politique étrangère L’Inde dispose d’un ministère des Affaires étrangères, Minister of External Affairs[1]Minister of External Affairs, http://meaindia.nic.in/, dont le ministre de tutelle, Subrahmanyam Jaishankar, a pour mission de représenter l’Inde et son gouvernement dans la communauté internationale. On peut noter que dans l’histoire de l’Union indienne, le détenteur du pouvoir exécutif, le Premier ministre, a parfois occupé dans le même temps le poste de ministre des Affaires étrangères. Ce fut le cas par exemple pour Nehru (1947 à 1964), Indira Gandhi, Rajiv Gandhi, mais aussi pour I.K. Gujral et pour l’ancien premier ministre, Manmohan Singh qui occupa ce poste de novembre 2005 à octobre 2006[2]Jaffrelot Christophe (Dir.), New Delhi et le monde. Une puissance émergente entre realpolitik et

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L’état des relations aujourd’hui

En octobre 2013, le Premier ministre indien, Manmohan Singh, et son homologue chinois, Li Keqiang, signèrent à Pékin un accord de coopération concernant leurs frontières disputées. Le Border Defence Cooperation Agreement (BDCA)[1]https://pib.gov.in/newsite/PrintRelease.aspx?relid=100178 avait pour objectif de faire baisser durablement la tension sur la Line of Actual Control (LoAC) définie en 1993. Sa signature faisait suite à l’incident de Daulat Beg Oldi et l’incursion de militaires chinois en territoire indien en avril-mai 2013. Accord en dix articles, outre la mise en place de mécanismes de coopération (articles 3, 4 et 5) c’est l’article deux qui pourrait contribuer à la pacification d’une région marquée par les trafics et la contrebande en raison de la porosité de la frontière nord-est. L’article 6 précise que les deux parties ne doivent pas organiser de patrouilles dans les zones où il n’y a pas d’accord clair sur le tracé de la LoAC. L’année 2014 marquait le soixante-dixième

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Ou compétition ?

Malgré des rencontres fréquentes, il reste des points controversés et des contentieux à régler entre les deux nations. Tout d’abord, le problème des frontières et des revendications territoriales. Il faut garder à l’esprit que très peu de commentaires sont faits sur les négociations en cours, la dernière rencontre des représentants politiques spéciaux sur ce sujet a eu lieu en novembre 2010, la quatorzième[1]Saalman Lora, Divergence, similarity and symmetry in sino-indian threat perceptions, 2011.. Cependant, depuis que ces rencontres ont été mises en place, nous avons déjà évoqué quelques déclarations qui avaient semé le trouble dans les relations sino-indiennes. Il n’y eut pas de rencontres de haut niveau en 2007, mais le Premier ministre indien se rendit à Pékin en janvier 2008 pour une courte visite de trois jours sans grands enjeux. Il insistera sur l’économie tandis que la chambre de commerce indienne s’inquiétait de plus en plus des secteurs du marché

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Coopération ?

La visite de Narayanan ramena un peu de réalisme et de modération dans les relations sino-indiennes. Il rappela la pensée de Gandhi qui disait qu’une réelle amitié entre l’Inde et la Chine serait basée non sur l’économie ou la politique, mais sur une « irrésistible attraction » et celle de Deng Xiaoping qui pensait que l’Asie ne réaliserait pas sa destinée à moins que l’Inde et la Chine apprennent à coopérer et à prospérer. Après avoir rencontré tous les personnages les plus importants du régime chinois, dont Jiang Zemin, Li Peng et Hu Jintao, un accord fut conclu pour la création d’un Eminent Persons Group (EPG) chargé de proposer des recommandations pour améliorer la coopération. Concernant le commerce, beaucoup d’efforts restaient à faire. En 1999, le montant annuel était de deux milliards de dollars tandis que le commerce sino-japonais représentait 66.2 milliards de dollars. Li Peng, le président de l’Assemblée nationale

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Un rapprochement sous tensions

Une nouvelle fois, un événement extérieur allait s’immiscer dans les relations sino-indiennes, ce fut l’invasion de l’Afghanistan par les Soviétiques en décembre 1979 tandis que le retour au pouvoir d’Indira Gandhi en juillet 1980 s’accompagnait d’une reconnaissance diplomatique du gouvernement cambodgien installé par le Vietnam. La même année, un entretien de Deng Xiaoping à un journal indien et connu sous le nom de « package deal » fut marquant. Il assimila 1962 à un petit épisode qui n’aurait jamais dû arriver et proposa à l’Inde d’avancer vers l’avenir, ce que le ministre des Affaires étrangères de l’époque, Narasimha Rao, refusa. Néanmoins, en 1981, avec la visite du ministre chinois des Affaires étrangères, Huang Hua, il fut convenu de rencontres annuelles au niveau des vice-ministres ainsi que le début de négociations sur les frontières qui eurent lieu du 10 au 14 décembre. Malgré l’absence de progrès sur ce point, un accord

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… à trente ans de scepticisme et de méfiance

Cette guerre ne résolut aucun problème et, au contraire, glaça les relations. L’Inde ouvrit des négociations avec Taïwan et le parlement indien adopta une résolution statuant sur sa détermination à récupérer le territoire perdu. La RPC continua au grand jour sa politique d’isolement de l’Inde, à la fois dans le Mouvement des non-alignés et dans la région. Le conflit précipitera le rapprochement indo-soviétique, l’URSS dans l’océan Indien et poussera la Chine vers le Pakistan. Ce n’est qu’après 1962 que la RPC soutint le droit à l’autodétermination du peuple cachemiri[1]Acharya Alka, China&India, Politics of Incremental Engagement, Delhi, Har-Anand, 2008, p. 51., une position dangereuse si on la compare à Taïwan ou au Tibet. La Chine aurait commencé à la même période à apporter son soutien au mouvement Naxalite ainsi qu’aux rebelles Naga et Mizo dans les États indiens du Nord-Est tout en dénonçant la mise sous tutelle des royaumes himalayens par

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De l’illusion « Hindi chini, bhai, bhai » …

L’Empire chinois et l’Empire moghol prospéraient aux XVIe et XVIIe siècles, coexistant en paix et monopolisant une part importante du négoce mondial grâce à leurs réseaux commerciaux tandis qu’à partir du XVIIIe siècle, les deux empires passèrent progressivement sous la domination des Occidentaux. Lors de la formation des régimes politiques que nous connaissons aujourd’hui, l’Inde et la Chine jouèrent un rôle important pour la réémergence de l’Asie et tentant de formuler une doctrine commune de conduite des relations internationales. Les racines de cette entente peuvent se trouver dans la déclaration conjointe que les représentants indiens et chinois publièrent à l’issue du congrès de Bruxelles en 1927 ou ils affirmaient déjà qu’il était impératif pour les deux peuples de faire revivre leur amitié vieille de trois millénaires. En 1939, Nehru avancera même l’idée d’une fédération orientale don’t l’Inde et la Chine auraient été les deux éléments essentiels, idée formulée une nouvelle

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Une Chindia, vraiment ?

De leurs premières discussions bilatérales au début des années 1950 à celles qui ont permis au dialogue de reprendre après les vicissitudes de l’après-guerre, les rapports entre l’Inde et la Chine ont été fluctuants. D’autres facteurs comme le rapprochement sino-pakistanais ou l’intervention des États-Unis dans ce binôme ont également apporté leurs lots de tensions. D’une tentative d’encerclement de l’Inde par la partie chinoise à un axe indo-américain qui servirait un éventuel containment de la République populaire de Chine, les relations sino-indiennes ont été tour à tour marquées par l’idéalisme, lorsque les deux nations se voyaient comme le moteur de la renaissance asiatique, et l’aventurisme, lors des événements qui menèrent au conflit frontalier de 1962. D’une relation glaciale, jusqu’à la visite de Rajiv Gandhi en 1988, on assiste à un réchauffement à partir de la visite de Jiang Zemin en Inde en 1996, dont l’économie serait le moteur principal. De l’illusion

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Les relations sino-indiennes

Élément essentiel de leur rayonnement global, la mise en œuvre de leur diplomatie répond à des ambitions et des besoins précis. Après avoir dû se satisfaire de la loi des deux blocs, étouffant ainsi leurs prétentions d’après-guerre, on assiste depuis les années 1990 à une redéfinition de leurs politiques extérieures qui se couple avec une tentative de recréer un axe sino-indien mis à mal dans les années 1960. Une nouvelle génération de dirigeants et une montée en puissance sur tous les plans sont concomitantes d’une offensive diplomatique tous azimuts de la part des deux géants asiatiques dans le but d’asseoir leurs positions de partenaires responsables disposant d’un droit de regard sur la gouvernance mondiale, d’où leurs appels à une démocratisation des relations internationales et à un ordre multipolaire.

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