Au Moyen-Orient

Israël

Ce pays fut le premier de la région à reconnaître la République populaire de Chine, dès janvier 1950, bien que l’initiative ne fût pas suivie par l’établissement de relations diplomatiques, il faudra attendre 1992 pour cela. Seule porte d’entrée au Moyen-Orient pour la RPC, les relations furent troublées dès le déclenchement de la guerre de Corée, Tel-Aviv s’alignant sur les positions américaines. En 1954, des négociations étaient entamées pour qu’une relation commerciale s’établisse, mais malgré le bon vouloir de Pékin, et sous les pressions américaines et soviétiques, elles n’aboutirent jamais. Les États-Unis ne voulant pas qu’Israël ait des liens trop étroits avec la RPC tandis que la politique arabe de l’Union soviétique contraignait Pékin à suivre les positions soviétiques. Aussi, la RPC dénoncera régulièrement « la politique d’agression de Tel-Aviv » dans la région. Le schisme sino- soviétique et la politique des « quatre modernisations » inversèrent la tendance et Israël offrit à la Chine son assistance dans le domaine de l’agriculture et de l’irrigation des sols arides, mais également son expertise et son matériel militaire, au point de devenir le second fournisseur de la Chine, dépassé seulement par la Russie. La première guerre du Golfe accentua le rapprochement et en janvier 1992, Israël et la RPC nouèrent des relations diplomatiques.

Quant à l’Inde, elle fut dès le début un soutien à la cause palestinienne et vota même contre l’admission d’Israël aux Nations Unies en 1949, son regard sur Israël étant entaché par son rapprochement avec l’Union soviétique. Néanmoins, bien avant l’établissement officiel de relations diplomatiques en 1992, de nombreux contacts s’étaient noués entre les deux pays, en premier lieu militaires. Lors du conflit sino-indien de 1962 et des guerres indo-pakistanaises, l’Inde ne se fournit pas uniquement auprès de l’URSS, mais aussi auprès d’Israël, les capitales arabes restant neutres ou prenant le parti d’Islamabad. Pour sa part, lors du déclenchement de la deuxième intifada en 2000, alors qu’Israéliens et Palestiniens cherchaient l’appui de New Delhi, elle resta neutre, joua le rôle d’interlocuteur et rehaussa ainsi son importance dans la région. Aujourd’hui, Israël représente un des principaux fournisseurs d’armes pour l’Inde et même si les deux pays n’ont pas d’alliance formelle, Tel-Aviv apparaît comme un soutien potentiel pour la sécurité de l’Inde face aux contentieux indo-pakistanais. Ce réchauffement des relations s’est encore accentué dans le contexte de l’après 11 septembre et des liens que la diaspora indienne entretient avec la diaspora israélienne aux États-Unis.

Iran

Malgré l’établissement de relations diplomatiques en 1971, l’Iran était proche de l’URSS jusqu’à la révolution islamique de 1979 qui amena Khomeiny, un antiaméricain et antisoviétique convaincu, au pouvoir. Téhéran et Pékin pouvaient trouver un terrain d’entente et l’Iran devint un débouché pour l’industrie chinoise. Lors des hostilités entre l’Iran et l’Irak, la Chine s’attacha à préserver une neutralité vis-à-vis des deux pays, jusqu’au point de livrer des armes aux deux belligérants. La dislocation de l’URSS mit fin à l’ennemi commun et les relations politiques se distendirent pour être remplacées par des relations commerciales. En 2000, le président iranien Khatami se rendit à Pékin pour signer des accords de coopération sur l’énergie, les matières premières et la métallurgie. La RPC, membre du TNP, est confrontée à des intérêts contradictoires sur la question nucléaire iranienne, elle a donc choisi de soutenir officiellement le droit de Téhéran à développer un secteur nucléaire civil tout en rejetant l’idée d’un régime iranien doté de l’arme nucléaire.

L’Inde, qui a des liens migratoires anciens avec ce pays, à une position ambiguë sur l’Iran en partie à cause de la question nucléaire. Les relations diplomatiques débutent en mars 1950, mais elles seront perturbées par l’entente entre le Shah et le régime pakistanais. De plus, New Delhi a consenti à s’associer à la position occidentale en faveur de la dénucléarisation, tout en rejetant elle-même le TNP. Une bombe chiite ne la menace pas autant que la bombe sunnite pakistanaise, mais elle craint une course à l’armement dans la région si le programme nucléaire iranien arrive à son terme. Cependant, cette position n’empêche pas les rencontres diplomatiques et les contacts commerciaux. Plus qu’une alliance de revers contre Islamabad, elle ne veut pas laisser la RPC, présente au Pakistan, s’arroger seule une position stratégique aux portes du détroit d’Ormuz et de la mer d’Oman. Aussi, plusieurs accords commerciaux, principalement dans la fourniture d’hydrocarbures, ont été signés ainsi qu’une aide apportée par l’Inde dans la modernisation et la réhabilitation de deux ports, Bandar Abbas et Chabahar. Néanmoins, le commerce bilatéral reste en deçà du potentiel des deux pays et le lien qu’entretient New Delhi avec Tel-Aviv, particulièrement quand elle procède au lancement d’un satellite-espion israélien, déplaît à Téhéran.

Les autres pays

La ligue arabe choisit de ne pas suivre l’exemple d’Israël et ne reconnut pas la RPC, préférant maintenir ses relations avec Taiwan. Néanmoins, après la conférence de Bandung, Pékin se rapprocha de l’Égypte de Nasser avec qui elle signa un premier accord culturel en 1955 et un accord commercial en 1956. La même année, Le Caire rompit ses relations avec Taipei et reconnut la RPC. La Syrie suivit le mouvement et reconnut la RPC en juillet 1956, ce qui permettait à Pékin de consolider ses positions dans la région. L’Affaire de Suez fournit l’occasion à la Chine de dénoncer l’impérialisme occidental et de soutenir l’Égypte. Peu après, ce fut au tour du Yémen de reconnaître la RPC en janvier 1958 et d’établir des relations diplomatiques et commerciales ainsi qu’un traité de coopération. L’Irak fit de même après le coup d’État de 1958, tout comme le Soudan.

La politique chinoise au Moyen-Orient était donc couronnée de succès. Après le schisme sino-soviétique, les relations se détériorèrent, d’abord avec l’Égypte et la République arabe unie où les communistes étaient réprimés tandis que Le Caire condamnait la répression chinoise au Tibet en 1959. En Irak, le régime établi en 1958 avait à faire face à une opposition dirigée par le Parti communiste local qui organisa un soulèvement en 1959, durement réprimé, ce qui mit à mal les relations. Jusqu’au voyage de Zhou Enlai dans la région, la politique moyen-orientale de Pékin ne fit aucun progrès et malgré des rencontres fructueuses avec des dirigeants arabes pendant ce voyage, c’est vers Moscou qu’ils se tournaient. Pékin tenta de créer une alliance avec Damas, opposée à l’alliance Moscou-Le Caire, mais elle n’y parvint jamais.

La révolution culturelle amena la Chine à une politique de plus en plus extrémiste, elle reconnut l’Organisation de libération de la Palestine dès 1964 et la guerre des Six Jours lui donna l’occasion de condamner à la fois Washington, Moscou et les gouvernements arabes. C’est vers la fin de la Révolution culturelle que la Chine s’orienta vers une politique débarrassée de toute considération idéologique dans la région et elle réussit à nouer des relations avec le Koweït et le Liban en 1971 et profita de la prise de distance de l’Égypte avec l’URSS en 1978 pour signer un accord militaire. Dans les années 1980, elle s’imposa comme un fournisseur d’armements de tout type, y compris aux pays qui ne l’avaient pas encore reconnu comme l’Arabie saoudite avec laquelle Pékin s’est rapprochée depuis l’accession au trône d’Abdallah qui se rendra à Pékin pour son premier voyage.

Plus proche de la région que Pékin, la situation de l’Inde au Moyen-Orient était compliquée par plusieurs facteurs dont les axes de sa politique étrangère, ses besoins en énergie, mais aussi par l’importante minorité musulmane présente en Inde dont le Parti du Congrès recherchait le soutien. D’où sa position initiale avec Israël et l’amitié qu’elle forma avec les pays arabes membres du Mouvement des non-alignés, en particulier avec l’Égypte avec qui elle signa un traité d’amitié en 1955. Tandis que le Pakistan tentait de l’écarter de la région en lui fermant la porte de l’Organisation de la conférence islamique en 1969, les chocs pétroliers, aggravant la dépendance économique de l’Inde envers la région, la rendront vitale pour New Delhi. Aujourd’hui, elle envisage un accord de libre-échange avec le Conseil de Coopération du Golfe, réunissant l’Arabie saoudite, Oman, Koweït, Bahreïn, Qatar et les Émirats arabes unis, des pays qui pourraient participer financièrement au développement d’infrastructure sur le sol indien, et qui de plus accueillent une importante diaspora indienne. Mais les liens de l’Arabie saoudite avec le Pakistan, la proximité indienne à la fois avec Israël et les relations fluctuantes avec l’Iran l’empêche d’avoir un agenda clair et d’établir aujourd’hui de solides partenariats.