En Amérique latine

Avant 1971, Pékin avait entretenu quelques rapports avec les mouvements révolutionnaires de la région ainsi que des relations diplomatiques, conflictuelles, avec Cuba, mais elle n’avait porté qu’un intérêt limité à l’Amérique latine. Le développement du conflit sino-soviétique et la volonté chinoise de contrecarrer systématiquement la politique soviétique au sein du mouvement communiste international avaient très tôt obligé le gouvernement chinois à se tourner vers l’Amérique latine. Mais ce fut la détente sino-américaine qui ouvrit à la Chine populaire les portes de l’Amérique latine et de ses États. En trois ans, entre 1971 et 1974, elle allait nouer des relations diplomatiques avec la plupart d’entre eux. Cette région comptait des pays importants, Brésil et Mexique en particulier, qui pouvaient constituer des partenaires économiques de poids et elle ne pouvait prétendre être une puissance mondiale sans être présente dans cette région aux portes des États-Unis alors que ceux-ci étaient présents en Extrême-Orient, aux portes de la RPC. L’intérêt que la Chine porte aujourd’hui à l’Amérique latine peut s’expliquer au regard de trois enjeux : pétrolier, minier et agricole. Dans sa politique de diversification d’achats d’hydrocarbures, Pékin a noué des contacts commerciaux avec la plupart des pays producteurs de pétrole de la région, en particulier le Venezuela, l’Équateur et le Pérou. Elle s’intéresse également au cuivre du Chili, au fer du Brésil et à la production de Soja de l’Argentine. En 2004, 40 % des investissements chinois à l’étranger ont été effectués dans cette région du monde et le Brésil y est devenu le principal partenaire commercial de la Chine (1/3 de ses IDE)[1]Lei Wu, La quête chinoise d’énergie en Amérique latine et ses implications géopolitiques, Outre-Terre,2007.. Elle a développé sa coopération multilatérale en obtenant un statut d’observateur au sein de l’Organisation des États américains, en créant le Forum Chine-Amérique Latine et le dialogue Chine-Mercosur.

Cependant, l’Amérique latine craint de n’être qu’une exportatrice de matières premières tandis que les importations chinoises inondent les marchés locaux. Cette présence chinoise, qui trouve des interlocuteurs dans la gauche sud-américaine, n’est pas non plus faite pour rassurer les États-Unis qui voient leur influence diminuée dans leur pré carré et compromet le projet d’une zone de libre-échange américaine à l’échelle du continent. De plus, parmi les 25 États entretenant des relations diplomatiques avec Taiwan, près de la moitié se trouve dans cette région et dans les Caraïbes. La Chine y est désormais concurrencée par l’arrivée de l’Inde, à la recherche de nouvelles sources de matières premières et d’un soutien politique pour accéder au Conseil de sécurité de l’ONU.

En plus d’une distance géographique considérable entre elle et cette région, l’Inde de Nehru était membre du Mouvement des non-alignés et du Commonwealth, deux organisations qui ne signifiaient pas grand-chose en Amérique latine, même si ses dirigeants pouvaient apprécier les prises de positions indiennes, et seuls quelques contacts culturels eurent lieu. La situation évolua quand l’Inde lança en 1997 un programme d’investissement en Amérique latine et de 1991, où le commerce dépassait à peine 500 millions de dollars, il atteindra 3 milliards en 2004. Quant aux dirigeants sud-américains, après avoir longtemps considéré l’Inde comme un pays du Tiers-monde sensiblement sous-développé, seulement 12 visites de haut niveau en 50 ans, ils ont été impressionnés par l’expansion de certains secteurs dans la société indienne, en particulier celui des hautes technologies, et les visites se font désormais plus fréquentes.

D’un montant de 6,2 milliards pour l’année 2009, son commerce avec l’Amérique latine était de 7,2 milliards pour l’année 2010, le Brésil représentant à lui seul 30 %. Quoique bien inférieur aux relations commerciales que la Chine entretient avec cette région, c’est une des seules progressions enregistrées par le commerce extérieur indien. Les échanges bilatéraux ont été amplifiés par la signature d’accords entre l’Inde et le Mercosur en 2004, en préparation de la création d’une zone de libre-échange, mais également par des dissensions qui ont pu apparaître entre la RPC et certains pays comme l’Argentine. En avril 2010, l’Inde a profité d’une dispute commerciale pour reprendre à son compte les importations d’huile de soja et signer un accord de coopération dans le domaine de l’agriculture. Il faudra compter également sur la présence des entreprises indiennes qui se renforcent, la majeure partie est privée, mais dans des domaines qui ne représentent pas une menace pour les industries latino-américaines, à la grande différence de la Chine, aussi un développement très important des relations entre l’Inde et cette région est plus que probable.

Données de 2012, mise à jour en cours.

References

1 Lei Wu, La quête chinoise d’énergie en Amérique latine et ses implications géopolitiques, Outre-Terre,2007.