Focus sur …. L’arme sous-marine en Asie

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Les sous-marins dans les marines du monde

Globalement, la fin de la guerre froide a entraîné une baisse des budgets militaires dans les pays de l’OTAN et de l’ancien Pacte de Varsovie. Cette contraction financière a eu un impact sur les effectifs et c’est particulièrement vrai pour ce qui concerne les marines militaires du globe. Par exemple, dans le cas des sous-marins, alors qu’il y en avait près de 1000 en service à la fin de la guerre froide, il n’y avait plus que 500 en 2013[1]Ministère de la Défense, Marine nationale, Dans le monde : 500 sous-marins, 2013. [En ligne :https://www.defense.gouv.fr/marine/magazine/traque-en-eaux-profondes/dans-le-monde-500-sous-marins]. … Continue reading.

Cependant, il existe des disparités entre les régions du monde, mais aussi dans la qualité des navires. Le nombre de marines en possédant est passé de 10 à 42 sur la même période tandis la flotte sous-marine aurait augmenté de 50% en Asie entre 2000 et 2007[2]Bateman Sam, Perils of the deep: the dangers of submarine operations in Asia, 2007. [En ligne : https://www.rsis.edu.sg/rsis-publication/idss/895-perils-of-the-deep-the-danger/#.XsuSZGgzaUk]. … Continue reading. Des pays n’ayant jamais eu une tradition sous-marine en font maintenant l’acquisition et ceux ayant délaissé leur flotte y investissent à nouveau, comme l’Indonésie. Les tensions liées aux revendications territoriales et la défense des lignes maritimes sont les deux causes principales de ce développement nécessitant un investissement constant, que ce soit dans l’entretien des navires, des infrastructures, mais aussi dans la fourniture des équipements.

Assurer la surveillance, voir contrôler l’environnement où l’on déploie sa flotte de sous-marins d’attaque ou de SNLE relève de l’intérêt national. Il s’agit alors d’assurer le Sea denial en déployant un réseau de surveillance acoustique, en contrôlant des points relais et en ayant une connaissance précise des contraintes cartographiques et bathymétriques.

La surveillance acoustique

En 2010, le Jiaolong, un submersible d’exploration chinois, effectue une plongée à 3759 mètres, puis à 7015 mètres en 2012, permettant à la Chine de rejoindre le club restreint des pays capables de plonger au-delà de 3500 mètres. Mission scientifique, mais aussi politique avec la pose d’un drapeau chinois au fond de la mer de Chine, et technique, Pékin démontrant ainsi sa capacité à explorer les profondeurs, préalable pour y déposer des senseurs acoustiques. En effet, la signature acoustique d’un sous-marin est détectable à des centaines de nautiques au milieu de l’océan, mais à seulement quelques dizaines par faibles profondeurs.

Dans la stratégie déployée par la marine de l’APL, atteindre la première et la seconde chaine d’iles n’est plus seulement une question de contrôler l’environnement, mais c’est aussi un moyen de surveiller le trafic qui approche de la première chaine d’iles (Japon, Taiwan, Philippines). Les eaux étant plus profondes entre la première et la seconde, un réseau de senseurs semblables au réseau SOSUS américain et JOSIS japonais[3]SOSUS : Sound Surveillance System ; JOSIS : JMSDF’s Ocean Surveillance Information System, y serait plus efficace qu’en mer de Chine. Ainsi, en 2018, la Chinese Academy of Sciences révélait l’existence de deux senseurs acoustiques installés dès 2016 sur les fonds marins, l’un dans la fosse des Mariannes, l’autre en Micronésie, à Yap[4]Chen Stephen, Surveillance under the sea: how China is listening in near Guam, 2018. [En ligne : … Continue reading.

Officiellement pour mener des recherches scientifiques, détecter les secousses sismiques et prévenir les tsunamis, les deux appareils sont aussi idéalement placés pour surveiller le trafic entre le pacifique et la mer de chine méridionale ainsi que la base américaine de Guam, la plus importante installation militaire américaine dans l’ouest du pacifique. Dans le cas d’un conflit sino-américain sur la question de Taiwan, il s’agirait pour Pékin d’empêcher tout déploiement américain en mer de chine.

Les points relais en mer de Chine

Disputée, la mer de chine méridionale est le théâtre de contentieux maritimes ou, malgré un jugement de la Cour pénal, le sea denial devient la méthode privilégiée que les pays d’Asie du Sud-est utilisent pour tenter de limiter les ambitions chinoises. De la réception du premier sous-marin singapourien en 2000 à la création d’une flotte par le Vietnam, le sous-marin offre la possibilité de sanctuariser des espaces maritimes sans avoir besoin de posséder une vaste flotte de surface. Mais, comparé au reste de l’Asie, les pays de l’ASEAN ne disposaient en 2020 que de 17 sous-marins conventionnels en service actif sur les 264, nucléaires ou conventionnels, que compte la région Asie-pacifique même si 13 sont en commande pour remplacer ou compléter les unités existantes.

Pourtant, la zone est considérée comme stratégique par les pays riverains, qui souhaitent protéger leur ZEE d’autant que la zone serait riche en ressources halieutiques et hydrocarbures, mais aussi par les grandes puissances. Bien avant que le président chinois Hu Jintao évoque en 2003 ses inquiétudes sur la vulnérabilité des liaisons maritimes chinoises (Pékin ne contrôlant aucun des détroits) résumées par l’expression du « dilemme de Malacca », la RPC s’est affairée à prendre position dans l’archipel des Paracels et des Spratleys. Aux dépens du Vietnam dans les deux cas, en 1974 pour les Paracels et en 1988 pour les Spratleys avec la capture de Fiery Reef. Puis aux dépens des Philippines en 1995 avec l’occupation de Mischief Reef.

Aujourd’hui, la RPC occupe plusieurs récifs ou elle a construit des infrastructures importantes, des ports, des pistes d’aviation et y installe des postes de radar, des garnisons et de l’équipement militaire. Elle a également mis en place un réseau de senseurs sur Fiery Cross, Subi Reef et Mischief Reef afin de surveiller les approches des polders qu’elle occupe.

Les contraintes cartographiques et bathymétriques

En prenant l’exemple des Spratly, on peut démontrer l’importance de ses deux contraintes pour les sous-marins. Si les sous-marins conventionnels peuvent se déplacer dans des eaux peu profondes, il n’en est pas de même pour les sous-marins nucléaires or l’archipel à une position qui donnerait à un submersible tapi dans cette zone un avantage sérieux pour contrôler la zone, voir menacer le monde.

Sa cartographie a été menée par l’amirauté britannique et l’East India Company entre la fin du 18ème siècle et le milieu du 19ème. La carte publiée en 1868[5][En ligne : http://www.spratlys.org/maps/3/Spratly-Islands-Admiralty-Chart-2660B.jpg], Consulté le 18 mai 2020. et les observations relevées évoquaient une vaste zone de faibles profondeurs, extrêmement dangereuse pour la navigation[6]Hancox David, Prescott Victor, A Geographical Description of the Spratly Islands and an Account of Hydrographic Surveys Amongst Those Islands, International Boundaries Research Unit, University of … Continue reading. Combinée au problème des détroits dont seulement un tiers pouvaient être empruntés sans risque par des sous-marins en plongée, la zone ne serait donc pas propice aujourd’hui à leur dilution. Cependant, des recherches secrètes furent menées dès les années 1920 par les puissances coloniales, en particulier par l’amirauté britannique qui cartographia le Dangerous Ground, mais aussi par les Japonais et les Américains. Elles démontrèrent l’existence de profonds canyons allant jusqu’à 2500 mètres de profondeur et pouvant servir de route aux submersibles, comme celle découverte entre 1935 et 1937 par les Américains, qui traversaient le Dangerous Ground d’est en ouest.

C’est une zone grise ou les sous-marins nucléaires lanceurs d’engins peuvent rester extrêmement discrets tout en étant capables de faire peser une menace sur des milliers de kilomètres à la ronde. Après avoir expulsé Vietnamiens et Philippins, la RPC s’est également installé depuis 2011 à Tizard Bank et Union Bank and Reef pour contrôler le passage nord-sud et à London Reef pour contrôler le passage est-ouest ainsi qu’à Scarborough en 2012 au détriment des Philippines.

Les unités sous-marines et les programmes

L’Inde

Devant l’activité croissante des sous-marins chinois dans l’océan indien ainsi que le renforcement de la flotte sous-marine pakistanaise (8 unités conventionnelles doivent être livrées par la Chine à Islamabad à partir de 2022), l’Indian Navy (IN) cherche à se doter d’une flotte plus moderne et surtout plus disponible qu’auparavant. Dans le cadre de son programme Advance Technology Vessel débuté dans les années 1990, l’IN s’est lancé dans la construction de sous-marin nucléaire, d’attaque et lanceurs d’engin. Ne possédant que des sous-marins conventionnels, elle a loué à la Russie un SNA de classe Akula en 2011 pour une période de 10 ans, entré en service sous le nom d’INS Chakra au sein de l’IN. Le développement de la classe Arihant, des SNLE, repose sur le modèle des Akula.

En 2020, l’Indian Navy dispose de deux SNLE, l’INS Arihant et l’INS Arighat, du SNA INS Chakar ainsi que de sous-marins conventionnels d’origine allemande, russe et française. La classe Kalvari, un total de 6 sous-marins de classe scorpène dont deux sont déjà déployés, la classe Sindhughosh, des Kilo d’origine russe déployée de 1986 à 2000 pour un total de 9 unités et la classe Shishumar, des Type-1500 d’origine allemande déployés de 1986 à 1996 pour un total de 4 unités. Il y a donc 15 sous-marins conventionnels auxquels il faut ajouter les quatre en construction, deux SNLE et 1 SNA[7]Indian Navy, Indian Navy Submarines. [En ligne : https://www.indiannavy.nic.in/content/submarines-active]. Consulté le 15 mai 2020.. Parallèlement, le DRDO a développé le missile balistique K-15-Sagarika d’une portée de 700 km et le K-4 d’une portée de 3500 km qui peuvent équiper ses SNLE, ce dernier n’ayant pas encore été testé depuis un submersible.

La Chine

On l’a vu, la sécurisation des routes maritimes et la possibilité de déployer sans entrave la PLA-N fait partie des objectifs stratégiques de Pékin et la mer de Chine méridionale y tient une place importante. C’est aussi le moyen pour les SNLE chinois d’avoir accès rapidement à la haute mer, la base de Yulin sur l’ile d’Hainan a été construite à cet effet, à seulement 30 miles nautiques de la thermocline. Cela permet aux SNA et SNLE qui y sont basés de maximiser leur chance de discrétion. Cette base attire le regard indiscret des grandes puissances, le navire américain USNS Impeccable ayant été sommé de quitter la zone en 2009 après avoir mené une campagne de recherches scientifiques dans la ZEE chinoise[8]Agence France Presse, Incident naval entre la Chine et les États-Unis, Libération, 2009. [En ligne : … Continue reading. Il a pu aussi un système d’écoute, le navire faisant partie de la flotte de navire de surveillance T-AGOS-SURTASS (Surveillance Towed Array Sensor System) qui agit en complément du SOSUS[9]U. S. Navy’s Military sealift command, Ocean surveillance ship. [En ligne : https://www.msc.navy.mil/inventory/ships.php?ship=106]. Consulté le 17 mai 2020..

Privée d’aide extérieure après la rupture sino-soviétique, Pékin va avoir des difficultés pour développer une classe de sous-marin nucléaire, d’attaque ou lanceur d’engins. Son premier SNLA, le Type 092 Xia a été lancé en 1981 et admis au service actif en 1988, un second aurait été perdu en 2005, la structure du comportement missile pouvant en être la cause. La classe Xia sera complétée par six autres SNLE de Type 094 Jin construits entre 2007 et 2017 qui sont encore relativement bruyants. Dotés de douze missiles balistiques Julang-2 d’une portée de 8000 kilomètres, ils représentent une menace pour les bases américaines d’Asie du Sud-est, d’Hawaï ou du pacifique. La nouvelle classe de Type 096 Tang serait dotée des missiles d’une portée de 12000 km, voir 20000 km, mettant à portée la quasi-totalité du globe depuis la mer de chine méridionale tout comme ceux de la classe Type 098 en développement.

Quant aux SNA, le Type 091 Han, lancé en 1974, fut le premier des cinq à être mis en service, trois le seraient encore aujourd’hui. La classe Type 093 Shang est appelée à lui succéder. 6 ont été mis en service à partir de 2006, mais différentes variantes seraient en production[10]Sinodefence, Type 093 Shang Class, [En ligne : http://sinodefence.com/type093_shang-class/]. Consulté le 17 mai 2020.. D’autre part, la PLA-N dispose d’une cinquantaine de sous-marins conventionnels répartis en quatre classes, de la plus ancienne à la plus récente : Type 035 Ming, de classe Kilo, Type 039 Song, Type 039A Yuan, ces derniers ayant été récemment modernisé.

Le Japon

Dotée de 20 sous-marins conventionnels répartis en deux classes, la classe Oyashio (9 unités) et la plus récente, la classe Soryu (11), la JMSDF s’entraine régulièrement avec d’autres marines, dont l’Inde et les États-Unis. Limitée par les conséquences de la Seconde Guerre mondiale, la sous-marinade japonaise dispose d’une solide expérience et du renfort d’une centaine d’avions de patrouille maritime et de lutte ASM capable de l’épauler.

Les sous-marins de l’ASEAN

Posséder une flotte de sous-marins ne suffit pas, il faut acquérir l’expérience nécessaire pour limiter le risque de collision, d’échouage voir de naufrage, la zone restant dangereuse pour la navigation. C’est ce qui a motivé Singapour à mettre en place plusieurs exercices de sauvetages sous-marins et à signer des accords de coopération en ce sens avec les membres de l’ASEAN, l’Indonésie fut le premier dès 2012 puis le Vietnam en 2013. A ces exercices s’ajoute l’Asia-Pacific Submarine Conference, des rencontres multilatérales réunissant les marines qui opèrent dans le pacifique et dans l’océan indien.

La situation de Singapour en amont du détroit de Malacca en fait un emplacement stratégique d’où l’importance de sa marine et son investissement dans la protection de son littoral (2 classes Archer, 2 classes Challenger et 4 en prévision). L’Indonésie est elle aussi impliquée dans la défense des détroits qui parsèment l’archipel, dont ceux de la Sonde, de Lombok et Malacca. Mais ses moyens sont plus limités, même avec le renfort de trois Type 206 en complément de ses deux Type 209. La Malaisie a fait l’acquisition auprès de la France de deux sous-marins scorpènes qu’elle a basé proche des Spratleys tandis que le Vietnam a lui créé ex nihilo une sous-marinade avec 6 submersibles de classe Kilo et que la Thaïlande vient d’acquérir trois sous-marins de classe Yuan auprès de la RPC.

References

1 Ministère de la Défense, Marine nationale, Dans le monde : 500 sous-marins, 2013. [En ligne :https://www.defense.gouv.fr/marine/magazine/traque-en-eaux-profondes/dans-le-monde-500-sous-marins]. Consulté le 24 mai 2020.
2 Bateman Sam, Perils of the deep: the dangers of submarine operations in Asia, 2007. [En ligne : https://www.rsis.edu.sg/rsis-publication/idss/895-perils-of-the-deep-the-danger/#.XsuSZGgzaUk]. Consulté le 25 mai 2020.
3 SOSUS : Sound Surveillance System ; JOSIS : JMSDF’s Ocean Surveillance Information System
4 Chen Stephen, Surveillance under the sea: how China is listening in near Guam, 2018. [En ligne : https://www.scmp.com/news/china/society/article/2130058/surveillance-under-sea-how-china-listening-near-guam]. Consulté le 24 mai 2020.
5 [En ligne : http://www.spratlys.org/maps/3/Spratly-Islands-Admiralty-Chart-2660B.jpg], Consulté le 18 mai 2020.
6 Hancox David, Prescott Victor, A Geographical Description of the Spratly Islands and an Account of Hydrographic Surveys Amongst Those Islands, International Boundaries Research Unit, University of Durham, 1995. [En ligne : https://www.dur.ac.uk/ibru/publications/download/?id=229]. Consulté le 18 mai 2020.
7 Indian Navy, Indian Navy Submarines. [En ligne : https://www.indiannavy.nic.in/content/submarines-active]. Consulté le 15 mai 2020.
8 Agence France Presse, Incident naval entre la Chine et les États-Unis, Libération, 2009. [En ligne : https://www.liberation.fr/planete/2009/03/10/incident-naval-entre-la-chine-et-les-etats-unis_544093]. Consulté le 16 mai 2020.
9 U. S. Navy’s Military sealift command, Ocean surveillance ship. [En ligne : https://www.msc.navy.mil/inventory/ships.php?ship=106]. Consulté le 17 mai 2020.
10 Sinodefence, Type 093 Shang Class, [En ligne : http://sinodefence.com/type093_shang-class/]. Consulté le 17 mai 2020.
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