Siegfried et le Dragon, la situation sur la frontière sino-indienne

Le 21 septembre, une rencontre bilatérale près de Chushul avait débouché sur l’engagement des deux parties à ne plus envoyer de troupes à proximité de la frontière disputée. Il s’agissait avant toute chose de stabiliser la situation pour envisager un retour au statu quo qui prévalait avant le printemps.

Néanmoins, le sentiment de la partie indienne est que les négociateurs chinois ne cessent de poser de nouvelles conditions dès que les précédentes sont, éventuellement, remplies. Et les évènements survenus de la nuit du 29 au 30 aout avec l’occupation par l’armée indienne des hauteurs de la rive sud du lac Pangong Tso sont un exemple concret des blocages rencontrés par les deux parties au sujet de la Line of Actual Control.

Après l’installation de troupes de l’APL au nord du lac, l’occupation des hauteurs par l’armée indienne était une action préventive afin d’éviter que l’APL n’occupe également la rive sud, ce que les Chinois comptaient faire selon renseignements indiens. Désormais, Pékin demande le retrait des troupes indiennes, mais pour Delhi, elles sont de leur côté de la LAC alors que les troupes chinoises sont, elles, dans une zone disputée.

Aussi, quel peut être l’utilité de ces rencontres afin de négocier des points non négociables ?

Pour la Chine, il s’agit clairement d’apparaître comme un acteur responsable dans la région, à la recherche d’un compromis qui, comme pendant la Forward Policy, est difficilement atteignable. Depuis la fin du conflit de 1962, et malgré une relance des pourparlers dans les années 1990, de nombreuses zones frontalières ne sont toujours pas définies. Aussi, pourquoi une telle aggravation et si rapidement ? D’autant que la Chine s’est plutôt désintéressée depuis 1962 de la zone…

En 2017, la crise de Doklam a apporté un éclairage sur les intentions chinoises dans les zones frontalières, la construction d’infrastructures routières, d’avant-postes et de bases militaires. L’Inde fait de même, mais jusqu’à récemment, à un rythme moins soutenu, l’APL ayant, en trois ans, doublé le nombre de ses bases aériennes, poste de défense antiaérienne et héliports. Pour la Chine, il s’agit de défendre le plateau tibétain et de surveiller l’infiltration en provenance du territoire indien comme cela avait pu être le cas à la fin de la période hindi chini bhai bhai et surtout après l’insurrection tibétaine de mars 1959.

En effet, malgré la puissance de l’APL, l’Indian Air Force dispose de bases avancées lui offrant un avantage sur la People’s Liberation Army Air Force dont les forces sont stationnées plus en retrait du fait de la géographie de la région. C’est pourquoi la Chine a bâti un impressionnant réseau de défense aérienne au Tibet, y compris avec des S-400. Après Doklam et une politique étrangère indienne qui s’affirme de plus en plus, la Chine ne pouvait délaisser la frontière sino-indienne qui est vue comme un possible second front dans le cas d’un conflit d’envergure, le premier étant Taiwan et le pacifique.

La LAC, une ligne Siegfried sino-indienne ?

Ainsi, il semblerait que la situation soit figée, chacune des parties renforçant ses infrastructures. Mais contrairement à l’accord du 21 septembre, des troupes chinoises (50000 hommes) ont été déployées quelques jours après, l’Inde faisant de même et dans les mêmes proportions. Malgré une rencontre à Moscou entre les ministres des Affaires étrangères indien et chinois, il semble difficile d’entrer dans une période de désescalade tant la méfiance reste grande. Les morts de Galwan pèsent pour beaucoup dans la balance, ils sont les premiers depuis 45 ans, et il semble clair que chaque partie renforce sa ligne de défense.

La montée en puissance de l’Inde sur la scène internationale est un des facteurs déterminants dans le changement de stratégie de la Chine. Même si les deux pays peuvent partager des positions sur des sujets globaux, l’affirmation de l’Inde a forcé Pékin à s’intéresser à son problème de frontière sans pour autant vouloir le solutionner afin de garder les mains libres, comme ce fut le cas en 1962 ou sur la frontière sino-vietnamienne en 1979. Mais le renforcement des patrouilles de l’APL n’a fait que provoquer l’Inde qui n’hésite plus à contrer les intérêts chinois tout en facilitant un rapprochement indo-américain qui n’était pas si évident vu l’histoire tourmentée entre Delhi et Washington….

Outre les développements sur cette frontière, il s’agit maintenant de surveiller leurs positions diplomatiques dans les grands rendez-vous internationaux pour mesurer l’impact de ces tensions.

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