De Daulat Beg Oldi à Galwan

2013, Daulat Beg Oldi

Hu Jintao s’était contenté de pratiquer avec l’Inde la politique de l’amitié, l’équipe qui prend les commandes de la Chine en 2013 choisira elle de lui donner un nouveau souffle. C’est pourquoi le nouveau Premier ministre se rendra en Inde pour sa première visite officielle à l’étranger prévue à la mi-2013. Mais quelques semaines avant son arrivée, un incident eut lieu au nord du Ladakh.

En cause, l’installation le 15 avril 2013 par des soldats de l’APL d’un bivouac au lieu-dit Raki Nalo à 5000 mètres d’altitude. Dès la découverte de ce campement par les gardes-frontières indo-tibétain et considérant que les Chinois se sont installés en territoire indien, ils installent eux-mêmes un campement pour surveiller les activités de l’APL. Cependant, cette zone est extrêmement sensible, située à une trentaine de kilomètres de la base indienne de Daulat Beg Oldi, modernisée en 2008 afin qu’elle soit capable d’accueillir des gros porteurs.

Utilisée pendant la guerre de 1962 puis abandonnée suite à un tremblement de terre, la base de Daulat Beg Oldi permet à l’Inde de surveiller les forces pakistanaises sur le Siachen et dans les Karakoram et de faire de même avec les forces chinoises. Bien que depuis 2006 les transgressions de part et d’autre sont nombreuses du fait d’une LAC mal définie, c’est la première fois que des troupes chinoises installent un campement sur la durée, qui plus est à 19km de profondeur en territoire indien selon sa propre perception de la LAC.

Après une vingtaine de jours de négociations, les deux parties ont accepté de lever leur campement et de revenir à leurs positions précédentes. Ainsi, le ministre indien des Affaires étrangères a pu se rendre en Chine le 9 et 10, mais pour préparer la visite du Premier ministre chinois une dizaine de jours plus tard. Peu de commentaires de part et d’autre, mais une impression de manque de fermeté du gouvernement indien émana de la classe politique indienne, les troupes du pays ayant dû démanteler un camp situé sur leur territoire.

Du côté chinois, les tensions qui secouent le Tibet depuis 2008 en plus de la perspective d’un nouveau Dalaï-Lama qui pourrait être plus proactif que le 14ème poussent l’APL à maintenir une position plutôt agressive dans la région. Ainsi, l’incursion de l’APL aurait été menée en réaction au développement des infrastructures indiennes dans la région, particulièrement la construction d’avant-poste en béton et le renforcement de sa présence militaire dans la zone. Le campement chinois était d’ailleurs installé en profondeur afin de couper la ligne d’approvisionnement du poste avancé indien. Est-ce le début d’une forward policy acte 2 menée par les Indiens ?

Néanmoins on peut constater que la situation est également très tendue en mer de Chine orientale et méridionale, en particulier avec le Vietnam dans les Spratleys où la RPC fait pression pour le dissuader de conduire des campagnes de forages pétroliers, mais aussi dans les iles japonaises revendiquées par la Chine et Taiwan. Un nouvel incident aura lieu en septembre 2014 vers Chumar, toujours au Ladakh, peu avant la visite de Xi Jinping en Inde. Là encore, c’est la construction d’infrastructures, une route, qui sera à l’origine des tensions, comme ce sera le cas en 2017 et en 2020.

2017, le plateau de Doklam

L’histoire retiendra que le contentieux territorial s’est déroulé dans une zone qui n’est pas revendiquée par l’Inde, mais par la Chine et le Bhutan. Le 16 juin, c’est une de leur patrouille qui a repéré une force de l’APL protégeant une douzaine d’engins de travaux chargés d’aplanir une route. En vertu de l’accord de sécurité indo-bhoutanais, l’Inde a été prévenue et a dépêché une force similaire pour bloquer la progression des travaux d’ingénierie menés par l’APL[1]Pour une infographie explicative ; https://indianexpress.com/article/explained/india-china-standoff-sikkim-doka-la-simply-put-where-things-stand-on-the-dolam-plateau-4763892/. S’ensuivirent 73 jours de face-à-face tendu, car la zone est vitale pour l’Inde, la route chinoise pouvant mener a Jampheri Ridge, un haut plateau qui dominerait la petite bande de terres, le couloir de Siliguri, qui relie les territoires indiens du nord-est au reste du pays.

Cette fois, l’Inde ne céda pas aux menaces à peine voilées émanant d’officiels chinois, Delhi étant déterminée à empêcher l’APL de contrôler la crête et Pékin dut abandonner son projet le 28 août. Ainsi, la Chine ne pouvait plus pratiquer sur la frontière sino-indienne la politique du fait accompli comme elle peut le faire en mer de Chine du Sud.

En novembre 2017, une rencontre bilatérale réaffirmera que le maintien de la paix et de la stabilité était un prérequis essentiel pour le développement de la relation sino-indienne. Malgré ça, après Doklam, l’Inde a renforcé son programme de modernisation d’infrastructures et déployé d’importants moyens militaires sur sa frontière nord. Un autre sommet à Wuhan en 2018 a laissé entrevoir la pratique d’une autre politique et quelques avancées, mais l’affrontement mortel, le premier depuis des décennies, survenu à la mi-juin 2020 a prouvé le contraire. Bien que les circonstances exactes restent à éclaircir, c’est une nouvelle incursion de l’APL dans la vallée de Galwan, au-delà de la LAC, qui est à l’origine de combats ayant causé la mort de 19 soldats indiens et de leur commandant.

Les tensions sino-indiennes

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Les contacts entre les deux civilisations remontent à l’antiquité ou il y avait de nombreux échanges commerciaux entre le sous-continent indien et la

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Figure 3.1[1]Sénat français. [en ligne sur http://www.senat.fr/ga/ga77/ga774.gif] Consulté le 15 mai 2020 Le Tibet jusqu’en 1950 Le Tibet tient une place importante dans

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