L’Iran et les relations sino-indiennes

Deux articles du Southasiaanalysis, mis en parallèle et analysés, permettent de mettre en lumière la place de l’Iran et du Moyen-Orient dans les relations sino-indiennes.

Tout d’abord, le partenariat entre l’Iran et la Chine ne résulte-t-il que des circonstances ? Entre un Iran isolé par les sanctions internationales et dont l’économie est en difficulté et une Chine qui, diplomatiquement, est soupçonnée d’avoir dissimulé l’impact du Covid et, surtout, sa propagation.

Pour la Chine, un Iran affaiblit par les sanctions, mais aussi par la baisse du prix des hydrocarbures peut être un nouveau Sri Lanka ou Pakistan vu ses besoins en financement extérieur, et que seule la Chine peut à ce jour lui fournir. De plus, les deux pays étant en délicatesse diplomatique avec les États-Unis, l’accélération dans leur rapprochement semblerait cohérente.

Le projet d’accord de partenariat dont certains éléments ont fuité début septembre prévoit que la Chine investisse 400 milliards de dollars sur 25 ans en Iran, dont 280 pour moderniser et restructurer l’industrie pétrochimique du pays et 120 dans la construction d’infrastructure, tout cela en échange d’un rabais de 32% sur le prix des hydrocarbures importés par Pékin. Sans oublier les importations iraniennes d’armes chinoises comme les missiles antinavires positionnés sur ses cotes ou les exercices militaires communs.

Malgré cet accord qui semble ambitieux, particulièrement dans sa durée, changera-t-il réellement la place de l’Iran dans la région ? Quelle sera la réaction de l’Arabie saoudite, mais aussi celle de la Turquie ? Et qu’en est-il de la dette ? L’Iran dispose de ressources en hydrocarbures, ce qui n’est pas le cas des Maldives ou du Sri Lanka, mais le pays va-t-il se retrouver dans une situation similaire ?

Plus de détails sur (en anglais) : China-Iran Strategic Partnership Agreement – Geopolitical Implications Analysed

Quant à l’Inde, elle privilégie avant tout le dialogue sécuritaire avec la visite du ministre de la défense indien en Iran le 5 septembre, en complément de la rencontre lors du sommet de l’OCS.

Il s’agit de surveiller la région du golfe persique, vitale pour ses intérêts et son approvisionnement et d’y promouvoir le respect du droit international. La rencontre fut aussi l’occasion e de rappeler son attachement historique à la région du golfe persique tout en souhaitant que les pays de cette région puissent résoudre leurs différends en s’inspirant des principes mis en avant par la diplomatie indienne, ceux du Pansha shilla, ou les cinq principes de coexistence pacifique »[1]Respect mutuel de l’intégrité territoriale et de la souveraineté, Non-agression, Non-ingérence dans les affaires intérieures de l’autre état, Égalité, Coexistence pacifique..

Outre ces facteurs, quatre raisons l’incitent à s’impliquer dans la région :

  • L’Iran est une porte d’entrée vers l’Asie centrale pour Delhi. Elle a rejoint l’OCS pour cette raison, mais entretenir de bonnes relations avec l’Iran afin de pouvoir utiliser le port de Chabahar est primordial,
  • Pour ces mêmes pays d’Asie centrale, l’arrivée de l’Inde dans l’équation leur permet de contrebalancer l’influence russe et chinoise dans l’OCS et dans la région,
  • L’accord entre les Émirats arabes unis et Israël peut modifier l’équilibre au Moyen-Orient, mais l’Inde, qui soutient la cause palestinienne depuis le début est aussi le premier importateur mondial d’armement israélien. Ainsi, Delhi s’efforce de maintenir un certain équilibre dans son approche de la région,
  • L’Inde doit défendre son investissement dans le port de Chabahar face à l’implication de plus en plus grandissante de la Chine dans ce pays et qui verrait d’un très bon œil l’expulsion de son rival himalayen de la région.

Plus de détails sur (en anglais) : India’s Endeavour at Recalibrating ties with Iran

La Chine a l’avantage de disposer de lignes de crédit plus importantes que l’Inde, mais la région est capitale pour les intérêts indiens. Dans le contexte des tensions frontalières entre l’Inde et la Chine, Delhi déploie une activité diplomatique allant au-delà de la « diplomatie du chéquier ». Les implications de part et d’autre, dans le conflit israélo-palestinien, dans la lutte d’influence entre la Russie et la Chine en Asie centrale ou plus simplement dans la sécurisation de l’approvisionnement énergétique donnent à l’Iran une place importante dans les diplomaties chinoise et indienne, ce dont Téhéran pourrait profiter.

References

1 Respect mutuel de l’intégrité territoriale et de la souveraineté, Non-agression, Non-ingérence dans les affaires intérieures de l’autre état, Égalité, Coexistence pacifique.

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