Dans les organisations

Un BIMSTEC à la relance ?

En juin 1997, quatre pays (Inde, Bangladesh, Sri Lanka, Thaïlande) s’engageaient dans une collaboration régionale afin de dynamiser leurs échanges, économiques et sociaux. Celle-ci,

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L’Inde et l’Organisation de coopération de Shanghai, difficultés en vue

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Quand l’Inde et le Pakistan sont devenus membres à part entière de l’organisation de coopération de Shanghai en 2017, certains pensaient que l’intégration des deux frères ennemis allait leur permettre d’entamer un dialogue durable et normaliser leur relation. Après tout, la création même de l’ancêtre de l’OCS, le Shanghai Five, avait pour but de régler les contentieux frontaliers en Asie centrale que la dislocation brutale de l’URSS avait fait apparaitre. Aujourd’hui, alors que le contentieux frontalier entre l’Inde et la Chine provoque de vives tensions, quel rôle pour l’OCS dans la politique étrangère indienne ?

Le statut de l’Organisation de Coopération de Shanghai

Créée en 2001 pour accueillir l’Ouzbékistan, l’OCS regroupe aujourd’hui huit membres, quatre états d’Asie centrale, la Russie, la Chine, l’Inde et le Pakistan ainsi que des États avec le statut d’observateur (comme l’Afghanistan depuis 2012) et des partenaires de discussion. Entre 1996 et 2001, la plupart des contentieux liés aux tracés frontaliers ayant été réglés, le statut de l’OCS offrait la possibilité aux membres de renforcer la coopération dans des domaines autres que sécuritaires avec l’introduction de sujets économiques, sociaux et politiques.

Dotée d’un secrétariat général, l’OCS organise des sommets. L’un au niveau des chefs d’état (Council of Heads of State, CHS) qui traite des sujets politiques et l’autre au niveau des chefs de gouvernement (Council of Heads of Government, CHG) qui aborde les sujets économiques, sociaux et culturels. Observatrice depuis 2005 et membre depuis 2017, l’Inde a assuré pour la première fois la présidence du Council of Heads of Government le 30 novembre.

L’Inde et l’Organisation de Coopération de Shanghai

L’Asie centrale est une zone stratégique pour l’Inde tout comme l’est l’Afghanistan. Elle en importe les ressources énergétiques qui lui sont indispensables afin d’assurer le développement économique qui lui permet de prétendre à un rôle plus important dans les affaires régionales et globales. Perturbée par le conflit larvé avec le Pakistan, l’adhésion indienne, soutenue par la Russie, s’est faite en même temps que l’adhésion pakistanaise, soutenue par la Chine.

Présider une réunion fut pour le représentant indien, le vice-président Venkaiah Naidu, l’occasion de rappeler les positions indiennes. Alors que c’est bien la Chine qui est la première puissance de l’OCS, M. Naidu a choisi de s’exprimer en Russe, langage que seules la Chine et le Pakistan ne maitrisent pas au sein de l’organisation….

Mettant en avant l’héritage culturel commun entre l’Asie centrale et l’Inde, M. Naidu s’est attelé à promouvoir un ordre international régi par le respect du droit international, ce que Pékin appréciera, et dénoncer les États qui supportent le terrorisme, visant cette fois Islamabad.

Ainsi, même si l’Inde a innové en organisant à l’occasion de cette présidence de nombreux évènements scientifiques (SCO Young Scientists Conclave du 24 au 28 novembre), économiques (SCO Economic Think Tanks le 20 et 21 aout, SCO Startup Forum le 27 octobre et SCO Business Conclave le 23 novembre, culturels (SCO Digital Exhibition on Shared Buddhist Heritage), les questions de politique étrangère furent omniprésentes lors du CHG comme lors du quinzième sommet des chefs d’État (CHS) le 10 novembre 2020 en Russie.

L’OCS, un atout pour la sécurité indienne ?

En raison du double contentieux indo-pakistanais et sino-indien, l’organisation se retrouve aujourd’hui dans une posture délicate. À l’issue des sommets, la déclaration conjointe qui vante les bénéfices de la Belt Road Initiative chinoise n’est pas soutenue par l’Inde en raison du China-Pakistan Economic Corridor (CPEC) qui traverse le cachemire et il reste la question de la lutte contre le terrorisme.

La lutte antiterroriste au sein de l’OCS

En effet, en 2004, l’OCS avait entériné la création d’une organisation de lutte antiterroriste, la Regional Anti-Terrorist Structure (RATS). Elle a pour objectif de faciliter l’échange entre services de renseignements des États membres, d’organiser des exercices conjoints et, grâce à une base de données communes, de permettre la prévention des actions terroristes, l’arrestation et l’extradition des auteurs soupçonnés.

Sauf que sur cette question, deux problèmes apparaissent. D’une part la perception de la menace terroriste, la Russie et la Chine soutenant la résolution du Conseil de sécurité des Nations unies (N° 1988 du 17 juin 2011) levant les sanctions à l’encontre des Talibans afin qu’ils puissent participer au processus de construction politique de l’Afghanistan. D’autre part, il parait inenvisageable que l’Inde et le Pakistan puissent échanger des renseignements antiterroristes alors que Delhi est suspectée d’entretenir les troubles au Baloutchistan par l’intermédiaire de son service extérieur (R&AW) tandis qu’Islamabad est, elle, suspectée de soutenir les terroristes qui mènent des actions en territoire indien.

Et la relation sino-indienne

Dans le cas de la relation sino-indienne, les morts de Galwan ont levé les dernières illusions apparues après le sommet de Wuhan en 2018. Même si les deux parties n’ont aucun intérêt à ce que le conflit s’envenime, la politique chinoise indienne retrouve l’esprit post-1962. Il faut régler les contentieux frontaliers afin qu’une confiance mutuelle s’instaure. À la fin des années 1980, seul Rajiv Gandhi avait choisi de mettre cet aspect de côté pour permettre de renouer le dialogue avec Pékin.

L’OCS avait permis à des voisins de régler leurs différends par le dialogue, mais avec la présence de l’Inde, de la Chine et du Pakistan, son utilité en tant qu’organisation (qui regroupe plus de 40% de la population mondiale) va dépendre des positions indienne et chinoise. Si ces contentieux ne sont pas résolus, l’OCS peut devenir une organisation sectorielle et laisser de côté plusieurs questions politiques et économiques d’importances afin que son fonctionnement ne soit pas bloqué, voir son existence menacée.

Pour aller plus loin (en anglais) :

India and the Shanghai Cooperation Organisation

SCO comes to India

The SCO and the conflict between India and Pakistan

SCO Online International Exhibition on Shared Buddhist Heritage

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