L’internationalisme tiers-mondiste et la fin des deux blocs

Paradoxalement, la dissolution de l’URSS ne signifia pas la fin de l’idéologie du non- alignement et du tiers-mondisme. Tout d’abord, de nombreux pays restaient sous-développés et partageaient des caractéristiques communes comme un faible niveau de vie par habitant et une dépendance économique envers les pays industrialisés, ce qui donnait au Tiers-monde l’image d’un ensemble vague, mais présent. Après la croissance économique des NPI, ce fut au tour des pays émergents de prendre le même chemin, comme le Brésil, le Mexique, la Chine ou l’Inde. La théorie de Gerschenkron, late comers, pouvait expliquer ce phénomène. Un retard initial signifiait pour les pays une potentialité de modernisation accélérée dès lors qu’ils avaient accès à la frontière technique des pays leaders, l’apport des IDE et la diffusion du savoir grâce aux technologies de l’information participant à ce développement.

La solidarité du Sud s’en trouvait affaiblie au niveau politique, mais elle pouvait encore s’exercer dans le cadre du commerce international comme ce sera le cas lors des négociations à l’OMC à Doha (2001) et Cancun (2003) avec une opposition concertée des pays du sud contre les subventions accordées par les pays du Nord à leurs exploitants agricoles. Cette alliance appelle donc à une meilleure équité des échanges qui doit s’appuyer sur un traitement spécial et différencié des PVD pour favoriser leur développement. Cela fait suite à la tentative de définir un nouvel ordre économique international des années 1970 et rentre dans le cadre d’un appel plus large au multilatéralisme. Lors du sommet du MNA de Durban en 1998, l’Afrique du Sud, qui avait rejoint le mouvement à la fin de la guerre froide, ne s’embarrassa pas de l’« esprit de Bandung », elle voulait libérer le mouvement des idéologies passées, ce qui s’illustrait par le fait qu’elle ait invité les États-Unis à participer au sommet.

À partir des reformes économiques, nous avons vu que la RPC se concentrait sur les États capables de l’aider dans son développement, mais dans les années 1990, il y eut un abandon progressif de toute référence idéologique de caractère tiers-mondiste dans le discours chinois. Elle se comportait désormais plutôt comme une grande puissance asiatique à vocation mondiale que comme une grande puissance du Tiers-monde. Quant à l’Inde, elle était venue chercher à Durban un soutien à la fois pour ses essais nucléaires et pour son discours sur le désarmement mondial, ce paradoxe lui fit perdre le magistère moral qu’elle détenait en tant que fondatrice du MNA.

Dès lors, on peut considérer que les relations Sud-Sud sont à la fois verticales et horizontales. Verticales, car il existe des rapports asymétriques, des différences de statut et de capacités qui entraînent des relations à la fois solidaires, avec un soutien financier et une aide au développement, mais aussi des rapports de prédation, le développement économique des plus grands pays émergents appelant à la recherche d’approvisionnement chez les autres. Horizontales, car les pays aux profils économiques et diplomatiques similaires nouent des relations de type Coopération/Concurrence. La coopération peut prendre la forme d’accords bilatéraux, mais ils sont concurrents pour leur approvisionnement énergétique, pour attirer les IDE et pour conquérir de nouveaux marchés. Ces relations Sud-Sud horizontales s’illustrent dans la création de forums de dialogue comme ceux des BRICS, mais aussi l’IBSA.

L’IBSA a été créé à Brasilia en juin 2003 et regroupe l’Inde, le Brésil et l’Afrique du Sud. C’est l’occasion pour ses dirigeants de se rencontrer chaque année pour discuter de la construction d’un nouvel ordre international, d’approfondir leurs relations dans différents domaines et d’aborder les grandes questions mondiales. Quant aux sommets des BRICS, ils ont démarré plus tardivement. À l’origine composés du Brésil, de l’Inde, de la Chine, mais aussi de la Russie, ils ont été rejoints en avril 2011 par l’Afrique du Sud lors du troisième sommet sur l’ile d’Hainan. Ce sommet fonctionne sur le même principe que l’IBSA que la Chine veut voir disparaître, car elle n’y est pas présente, mais que l’Inde veut conserver.

Données de 2012, mise à jour en cours.

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