Vers une démocratisation des relations internationales ?

Le MNA n’a pas complètement disparu, un sommet s’est tenu à Charm-el-cheikh en 2009, mais son idéologie prend une nouvelle forme et les multiples forums entre pays du Sud participent à une revitalisation des revendications en faveur de la multipolarité et du multilatéralisme, deux notions différentes. La première appelle à un monde composé de plusieurs pôles de puissance, comme au XIXe siècle, la seconde se préoccupant davantage d’équité internationale, prônant un pouvoir accru aux organisations comme l’ONU, seule à détenir une légitimité qui se réfère à un intérêt collectif international commun capable de faire entendre la voix de tous.

Cette prolifération des forums s’inscrit également dans le cadre d’une dynamisation de la coopération politique et économique Sud-Sud et d’une diversification des partenaires économiques dans un contexte où les marchés traditionnels de ces pays émergents, notamment les États-Unis et l’Union européenne, sont affectés par la crise financière. Au-delà des différences qui peuvent les séparer, ils partagent l’idée que la structure économique et politique internationale est loin de refléter la réelle répartition du pouvoir international de ce début de XXIe siècle. Quant à la validité du non-alignement, la gauche indienne répond aux critiques en le comparant à l’OTAN qui, le Pacte de Varsovie ayant disparu, n’a plus de raison d’exister alors que cette organisation continue à s’étendre.

Dans ce contexte, la position indienne est particulière. Nehru avait défini le non-alignement comme la liberté d’action, ce que rappellera Manmohan Singh en 2006 en précisant que « le non-alignement fut donc toujours l’expression de notre intérêt national éclairé, et j’ose dire qu’il restera ainsi ». Aussi, cette revendication fait partie aujourd’hui du Soft Power indien, d’un non-alignement sur les deux blocs, New Delhi revendique aujourd’hui une politique d’indépendance nationale. Avec les Nations Unies, les rapports ont été fluctuants. L’Inde contribue pour beaucoup aux casques bleus, elle avait fait appel à l’ONU sur la question du Cachemire, mais avec l’émergence de l’Inde, le discours a quelque peu évolué. Déjà critiquée pour son fonctionnement, l’ONU s’est vu reprocher à partir des années 1990 de ne pas se réformer assez vite. Pour Vajpayee, sa crédibilité s’en voyait affectée, le Conseil de sécurité ne représentant plus la réalité contemporaine et devait donc être élargie. De plus, l’Inde se méfie de certaines initiatives onusiennes comme le protocole de Kyoto, la CPI ou le droit d’ingérence qui sont considérées comme des instruments visant à brider les souverainetés nationales. Dans ces circonstances, les dialogues Sud-Sud n’empêchent pas New Delhi de mettre en œuvre des stratégies sud-nord comme la campagne G4 lancée en 2004 entre l’Inde, le Brésil, l’Allemagne et le Japon pour un élargissement du CSNU.

Dans un premier temps, la RPC avait surtout critiqué l’ONU, car son absence entraînait selon elle la nullité des résolutions et des interventions qu’elle soutenait (Suez en 1956, Congo en 1960). Après la rupture avec Moscou, elle appuya l’idée d’une réforme de l’ONU, car elle voulait accroître la représentativité des pays d’Afrique et d’Asie, mais une fois admise, son attitude se modifia totalement. Pour exemple, son premier veto fut contre l’entrée du Bangladesh à l’ONU en août 1972, alors État le plus pauvre du monde. Ensuite, elle n’a utilisé son veto qu’avec parcimonie et essentiellement afin d’évacuer les questions qui l’indisposaient, privilégiant l’abstentionnisme qu’elle justifiait au nom des « cinq principes de coexistence pacifique », et ce, jusqu’aux années 2000 où elle n’hésita plus à faire entendre sa voix. Deux de ses veto marquants ont ainsi bloqué, en janvier 2007 et juillet 2008, l’adoption de projets de résolution visant respectivement à appeler la Birmanie au respect des droits de l’homme et à condamner la campagne de violence du gouvernement zimbabwéen contre l’opposition politique.

Cependant, elle se préoccupe de plus en plus de l’image qu’elle véhicule à l’extérieur et s’implique davantage dans les opérations de maintien de la paix. Elle souhaite le soutien de l’Inde pour un multilatéralisme global, d’où un rapprochement sino-indien sur les grandes questions internationales, et les deux géants asiatiques sont d’accord pour que quelque chose change, mais ils ne s’accordent pas sur les mesures à suivre. Ils reconnaissent qu’une réforme de l’ONU est nécessaire, mais la Chine ne soutient pas la candidature indienne à un poste au sein du CSNU, elle reconnaît juste l’importance de l’Inde dans les affaires internationales. De plus, dans les institutions de Bretton Woods, la Chine et l’Inde devraient travailler ensemble pour réformer la Banque mondiale et le FMI, mais tandis que les quotas de vote de la Chine ont augmenté, ceux de l’Inde ont diminué créant des tensions entre les deux pays[1]Vaughn Bruce, Morrison Wayne, China-Southeast Asia Relations: Trends, Issues, and Implications for the United States, 2006..

Aussi, malgré des déclarations d’intention sur la création d’un Nouvel Ordre International et ses plaidoyers en faveur du multilatéralisme, et ce depuis Jiang Zemin, la Chine voit sa crédibilité affectée par son conservatisme dans la réforme de l’ONU. De même que du côté indien, les deux pays mettront d’abord en avant leurs intérêts nationaux, comme la Chine le fait en ne souhaitant pas que le Japon ou l’Inde n’ait le même pouvoir qu’elle au CSNU.

Données de 2012, mise à jour en cours.

References

1 Vaughn Bruce, Morrison Wayne, China-Southeast Asia Relations: Trends, Issues, and Implications for the United States, 2006.
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