Le mouvement des non-alignés

Monde des anciens pays colonisés, de ce siècle pour l’Afrique et l’Asie et du siècle dernier pour l’Amérique latine, qualifiés de Tiers-monde par opposition aux pays industrialisés, ces pays manquaient d’unité et de cohérence pour se faire entendre. À l’initiative de l’Inde, et après les conférences de Bruxelles (1927) et New Delhi (1947), une nouvelle réunion des pays asiatiques fut organisée en 1949 à New Delhi à laquelle se joignent pour la première fois des pays africains, l’Égypte et l’Éthiopie. C’est la naissance d’un mouvement afro-asiatique, composant du Tiers-monde d’Alfred Sauvy, qui prendra corps à la conférence de Bandung de 1955 à l’initiative de l’Inde et de l’Indonésie ou la Chine populaire ne sera qu’invitée. Depuis la fondation de la RPC, Pékin avait considéré les pays en voie de développement comme des amis traditionnels et s’était présentée comme un pays du Tiers-monde, victime du colonialisme et de l’impérialisme comme les autres. Dénonçant ces deux maux, les 29 pays présents lancent l’idée d’un troisième bloc et posent les bases du Mouvement des non-alignés (MNA), mais sans formuler clairement une politique commune et des objectifs précis. Avec l’entrée à l’ONU de 17 nouveaux États en septembre 1960 suite à la décolonisation, la première conférence du MNA de Belgrade fut organisée en 1961 pour tenter de trouver des thèmes d’entente plus riches que l’anticolonialisme et ni la RPC, ni l’URSS ne furent cette fois confiées, contrairement à la conférence du Caire de 1957. Tito étant sur la même ligne que Nehru, cette rencontre mis l’accent sur un neutralisme « fauteur de paix » et ce fut le premier sommer officiel du mouvement, tandis que des conférences afro-asiatiques ou latino-arabes continueront à se tenir, mais ce n’est qu’en 1963 que des observateurs latino-américains seront conviés à une conférence afro-asiatique[1]Guitard Odette, Organisation politique du Tiers Monde de Bandoung à Santiago, Tiers-Monde, 1974..

La crise sino-indienne de 1962 entama l’image du MNA, comme celle des fusées à Cuba laissa entrevoir une certaine détente entre les deux grands. Au lendemain de la défaite indienne, les deux géants d’Asie allaient dès lors commencer une relation difficile excluant définitivement la confiance mutuelle et les rêves panasiatiques. Ensuite, affaiblie par la mort de Nehru et par son conflit avec le Pakistan, l’Inde ne pouvait plus aspirer au rôle de guide qu’elle avait encore à Belgrade. De plus, malgré une rhétorique d’une solidarité tiers-mondiste, elle était limitée par la nécessité d’assurer les intérêts nationaux. Quant à la Chine, l’expérience désastreuse du « Grand bond en avant » mit fin à l’espoir pour les pays afro-asiatiques qu’elle pouvait représenter un modèle de développement économique. L’annulation de la conférence qui devait célébrer les dix ans de Bandung en 1965 marqua la faillite de l’afro-asiatisme en tant que facteur de cohésion du Tiers-monde, l’Indonésie et la RPC se déchaînant contre l’URSS, une participation de l’ONU et toute assistance occidentale pour les pays en voie de développement. La conférence tri-continentale de La Havane en 1966 tenta de restaurer une unité, mais ne fit que briller par un anti-américanisme virulent.

Parallèlement, l’ONU mit sur pied la Commission des Nations Unies pour le Commerce et le Développement (CNUCED) qui pouvait éventuellement donner plus de portée aux revendications des PVD et leur offrir un autre terrain de rencontre. À la première conférence qui eut lieu à Genève de mars à juin 1964, il fut demandé aux pays riches de réserver 1% de leur revenu national aux pays pauvres. C’est à cette occasion que fut constitué le « Groupe des 77 », pays afro-asiatiques et latino-américains, mais l’harmonie était déjà troublée par ceux d’entre eux qui, étant en voie d’industrialisation (NPI), souhaitaient accroître leurs exportations vers les pays développés et ceux qui, n’ayant pas d’industrie, n’étaient pas intéressés par la question. Dix ans après, ces pays appelèrent à la création d’un nouvel ordre économique international pour rééquilibrer les relations entre le Nord et le Sud et permettre une meilleure distribution des richesses, mais il n’est resté qu’au stade de concept alors que la Chine était tenue à l’écart des discussions. Les affrontements dans la péninsule indochinoise marquèrent le début de la disparition de l’idéologie tiers-mondiste, tout comme les ambitions chinoises de rivaliser avec les grandes puissances, mises en lumière en premier lieu par l’intermédiaire de son programme nucléaire. Dès lors, on ne parlait plus le Tiers-monde, mais de pays du Sud que l’on opposait à ceux du Nord.

Données de 2012, mise à jour en cours.

References

1 Guitard Odette, Organisation politique du Tiers Monde de Bandoung à Santiago, Tiers-Monde, 1974.
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