La RPC, actrice du grand jeu américano-soviétique

Bien peu d’États occidentaux avaient reconnu la RPC et le comportement des communistes engendra un climat défavorable à une éventuelle normalisation diplomatique. Les préparatifs d’une occupation du Tibet, l’aide apportée au Vietminh et le déclenchement de la guerre de Corée ne firent qu’entériner une situation déjà figée au lendemain du traité d’alliance sino-soviétique. Cependant, avec le conflit sino-soviétique, la RPC se devait d’être prudente vis-à-vis des Occidentaux qui, de plus, étaient en pleine négociation avec l’URSS. Paradoxalement, c’est la guerre du Vietnam qui fut le déclencheur du rapprochement sino-américain à la fin des années 1960. Pour les États-Unis, l’offensive du Têt en janvier 1968 avait rendu nécessaire l’ouverture de négociations avec le Vietnam du Nord pour trouver une solution politique au conflit. La vietnamisation du conflit appelait à une détente avec Pékin pour s’assurer d’une certaine neutralité chinoise. De plus, l’URSS commençait à intensifier sa poussée vers l’océan Indien et le Pacifique tandis que le désengagement américain constituait pour elle une occasion idéale d’accroître son influence.

En novembre 1970, et pour la première fois depuis la guerre de Corée, l’Assemblée générale des Nations Unies émettait un vote favorable à la Chine communiste. Les États-Unis décidèrent en mars 1971 de lever les restrictions sur les voyages des Américains en Chine, d’interdire les prospections pétrolières américaines autour des iles Senkaku et le 7 avril, une équipe de ping-pong américain se rendit à Pékin, d’où le surnom donné au rapprochement sino-américain de « diplomatie du ping-pong ». En juillet, Kissinger rencontra Zhou Enlai à Pékin et une visite de Nixon fut prévue en 1972 pour discuter de la normalisation diplomatique entre les deux pays. Tout cela avait renforcé le camp de ceux qui estimaient nécessaire d’admettre la RPC au sein de l’ONU. Au cours d’un vote demandé par l’Albanie en octobre 1971, seul allié de la Chine populaire en Europe, la RPC fut admise à l’ONU et Taiwan expulsée. C’était pour Pékin une victoire diplomatique importante. Après la visite de Kissinger à Pékin en février 1973, peu après les accords de cessez-le-feu au Vietnam (27 janvier 1973) et au Laos (20 février 1973), des « bureaux de liaison » furent établis dans les deux capitales, mais c’est lorsque le conflit du Vietnam s’apaisa que les rapports sino-américains commencèrent à marquer le pas. La signature des accords SALT avec l’URSS et la question de Taiwan continuaient de diviser les deux parties. Lié par le traité de défense mutuelle signé avec Taipei en 1954, Washington refusait encore de reconnaître l’appartenance de Taiwan à la RPC et l’inaction des États-Unis face aux coups de force soviétique, notamment en Angola, amena les Chinois à regretter le remplacement de Nixon par Ford.

Mais ce furent les événements dans la péninsule indochinoise qui constituèrent l’obstacle essentiel à la poursuite de toute détente. La victoire des Khmers rouges au Cambodge et la chute de Saigon ne permettaient plus à Washington de développer sa nouvelle politique chinoise. Dans ce contexte, la visite de Ford à Pékin en décembre 1975 apparut comme un semi-échec, montrant de nombreux désaccords. Il fallut attendre le changement complet d’équipe gouvernementale en Chine après la mort de Mao Tsé-toung en 1976 et l’arrestation de la « bande des quatre » pour que la détente sino-américaine progresse à nouveau. Concernant Taiwan, l’idée des États-Unis était d’abroger le traité de défense mutuelle qui les liait à Taipei en échange d’un engagement de Pékin de renoncer à s’emparer de l’île par la force. Or le gouvernement de Pékin refusait cette solution, il considérait que cette question était une affaire intérieure chinoise.

Pour Pékin, les États-Unis devaient rompre leurs relations diplomatiques avec Taiwan, retirer leurs forces et abroger le traité. C’est au printemps 1978 que le point de vue chinois finit par l’emporter, les États-Unis se contentèrent d’un engagement verbal de la part de la RPC ne pas tenter de régler la question militairement. Le 16 décembre 1978, un communiqué commun annonçait la normalisation complète entre les deux capitales. La Chine acceptait que le « peuple américain maintînt des relations culturelles, commerciales avec Taiwan »[1]Joyaux François, La tentation impériale. Politique extérieure de la Chine depuis 1949, Paris, Imprimerie nationale, 1994, p. 58. et les relations entre Taiwan et les États-Unis seraient maintenant régies par le Taiwan Relations Act promulgué en avril 1979 qui maintenait dans les grandes lignes la garantie de sécurité américaine à Taiwan et spécifiait que toute tentative d’influer sur le futur de l’île autrement que par des moyens pacifiques serait considérée comme une menace à l’encontre des États-Unis.

References

1 Joyaux François, La tentation impériale. Politique extérieure de la Chine depuis 1949, Paris, Imprimerie nationale, 1994, p. 58.
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