Inde et Chine en Australasie

L’Australie à l’heure du choix ?

Après l’incident de Galwan et dans un contexte où les tensions frontalières restent vives avec la Chine, l’Inde espère la participation de l’Australie à

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Quelles opportunités pour la coopération Inde-Australie en Indopacifique ?

Inde Australie
IDSA©

Par l’importance de l’exercice MILAN 2022 (25 février-4 mars) qu’elle dirige et qui implique des marines de 40 pays, dont celle de l’Australie, l’Inde entend démontrer son implication dans la région Indopacifique, que ce soit par le QUAD ou des coopérations bilatérales avec d’autres acteurs de la région, Japon, Indonésie et Australie en premier lieu. Ces deux dernières années, marquée par la pandémie et les tensions sino-indiennes, la relation entre Cambera et Delhi s’est particulièrement renforcée. En effet, outre le Comprehensive Strategic Partnership établi en juin 2020, l’année 2021 a vu le développement de leur relation commerciale alors qu’une coopération en matière de défense et de sécurité maritime est sur l’agenda des relations bilatérales. Cela, en complément de leur relation au sein du QUAD et en marge de l’AUKUS.

1 – Les contraintes stratégiques de l’Australie

2 – Inde/Australie : une vision commune de l’Indopacifique ?

3 – Des convergences stratégiques…

4 – …mais aussi quelques points de divergences

1 – Les contraintes stratégiques de l’Australie

L’implication de l’Australie dans la région indopacifique a connu ces dernières années de profonds changements, en partie liés aux tensions sino-américaines. Pourtant l’un des principaux partenaires commerciaux de Pékin, l’Australie, a vu ses échanges avec la Chine perturbés par certaines décisions politiques australiennes. Par exemple, l’appel de Canberra a une enquête indépendante sur les origines du Covid-19 fut condamné par Pékin qui lui imposa des mesures de rétorsion en limitant les importations australiennes. En particulier le bœuf, le vin, mais aussi le charbon, dont la Chine avait pourtant besoin, provoquant des perturbations dans la fourniture d’électricité. Déjà échaudée par certaines orientations de politique étrangère prises par l’Australie, Pékin démontrait ainsi qu’elle acceptait d’assumer ses décisions.

Canberra réalisa brutalement qu’au-delà de dépendre du marché chinois, il lui fallait protéger son commerce, vulnérable à la coercition économique, mais aussi ses voies d’approvisionnements à travers les mers d’Asie du Sud-Est et de l’Océan indien. Le Defence Strategic Update (DSU) australien publié en juillet 2020 mettra en avant l’importance pour l’Australie d’être capable de déployer des unités militaires pour protéger son environnement, ses intérêts et, si nécessaire, de répondre par la force à toutes menaces dans la région indopacifique.

Membre de l’ANZUS depuis 1951, réticente lors du lancement du QUAD en 2008, mais désormais très impliquée dans ce dialogue, elle est, depuis septembre 2021, membre de l’AUKUS et souhaite, entre autres, acquérir une flotte de sous-marins nucléaires. En effet, le DSU défendu par le Premier ministre Scott Morrison prévoit un programme d’investissement massif dans la défense, 190 milliards de dollars US sur dix ans, afin de moderniser ses armées et se doter de missiles de croisière.

2 – Inde/Australie : une vision commune de l’Indopacifique ?

Géographiquement, ce n’est pas le cas. Pour l’Inde, l’Indopacifique s’étend jusqu’aux côtes africaines alors que pour l’Australie, elle s’arrête au nord-est de l’Océan indien. Stratégiquement, la vision est commune, celle d’une région ou la coopération, le droit international et la liberté de navigation seraient garantis. C’est dans ce sens que l’Australie rejoint l’Inde dans sa conception « SAGAR » (Security and Growth for All in the Region) dévoilée en juin 2018 par le Premier ministre indien, Narendra Modi, lors du dialogue Shangri-La à Singapore.

S’appuyant sur les principes du SAGAR, Narendra Modi lance en novembre 2019, lors de l’East Asian Summit, l’Indo-Pacific Oceans Initiative (IPOI). Reposant sur sept piliers, dont la sécurité maritime, il s’agit de définir les domaines de coopération qui permettront d’assurer la sécurité et la prospérité des pays de la région. En complément de leur partenariat stratégique et de leurs liens avec l’ASEAN (Australia-ASEAN Plan et India-ASEAN Plan of Action), Canberra et Delhi s’engagent dans une coopération IPOI.

Les deux pays, en premier lieu l’Australie, s’intéressent aux nations du pacifique sud. Canberra à travers l’initiative Pacific Step up qui marque, depuis septembre 2016, sa volonté d’investir dans cette zone de l’Indopacifique et ne pas laisser le champ libre à la Chine. Quant à l’Inde, elle a débuté en 2014 un dialogue avec les iles du pacifique au sein du FIPIC (Forum for India-Pacific Island Cooperation) et lors d’un sommet en marge de l’Assemblée générale des Nations unies en septembre 2019, elle s’est engagée à offrir 1 million de dollars US à chacun des États du Pacifique Sud et ouvrir des lignes de crédit concessionnelles à hauteur de 150 millions de dollars.

3 – Des convergences stratégiques

Delhi et Canberra participent régulièrement à des échanges de haut niveau avec les mêmes pays ou organisations, comme les États-Unis, l’Indonésie, le Japon ou l’ASEAN. Au sein des instances multilatérales, minilatérales et des forums de l’ASEAN, dans la majorité des cas, leurs positions convergent. De plus, ils défendent les mêmes valeurs : la défense de la démocratie, de l’économie de marché et la promotion d’une société pluraliste. Il existe ainsi un fort potentiel de coopération bilatérale dans de nombreux domaines, au-delà d’une simple convergence stratégique décidée par leur environnement immédiat.

Depuis la signature de leur Comprehensive Strategic Partnership, plusieurs mécanismes de coopération bilatérale ont été institués, dont une rencontre annuelle entre les deux Premiers ministres ainsi que des rencontres ministérielles India-Australia 2+2 ou ceux de la Défense et des Affaires étrangères échangent. La coopération dans les domaines de la défense, de la sécurité maritime, de la lutte contre le terrorisme et les menaces cyber sont aussi importantes que celles dans les domaines économiques, technologiques et industriels, l’Australie fournissant de l’Uranium à l’Inde dans le cadre du Nuclear Suppliers Group.

L’Inde et l’Australie ont participé à plusieurs exercices maritimes, ont signé un Military Logistics Support Agreement et tiennent régulièrement des symposiums portant sur différents thèmes, échanges entre institutions militaires, dialogue stratégique ou entrainement conjoint. L’accent est mis sur la coopération maritime en Asie du Sud-est et dans l’Ocean indien, avec la signature en juin 2020 d’une déclaration conjointe Shared Vision for Maritime Cooperation in the Indo-Pacific et des échanges au sein de l’Indian Ocean Rim Association (IORA) et de l’Indian Oceans Naval Symposium (IONS). L’exercice MILAN fait suite aux exercices AUSINDEX, Malabar ou La Pérousse avant le Talisman Sabre organisé par l’Australie en 2023.

4 – …mais aussi quelques points de divergences

Jusqu’au début des années 2000, la politique étrangère indienne restait marquée par le non-alignement et l’« apartheid nucléaire » qui frappait l’Inde suite aux essais de 1998 tandis que l’Australie dépendait de Washington pour assurer sa sécurité. La menace n’est pas la même non plus, elle reste continentale pour l’Inde et maritime pour l’Australie, d’où l’AUKUS dont l’Inde se tient à distance. Delhi souhaite garder une certaine autonomie, d’où sa proximité avec la Russie, tandis que l’AUKUS peut donner à l’Australie un rôle stratégique dans la région.

La relation indo-australienne connait donc un développement rapide avec des opportunités dans de nombreux domaines. Si les deux pays participent au QUAD aux côtés des États-Unis et du Japon, la création de l’AUKUS et la dégradation de la situation internationale suite à la crise en Ukraine peuvent entrainer quelques tensions avec Washington. Cela, alors que Delhi ne souhaite pas renoncer à ses liens particuliers avec la Russie et que l’Australie est, elle, alignée sur les positions américaines. Cependant, le contexte particulier de la région indopacifique et les tensions qui n’y disparaissent pas pour autant ne devraient pas perturber l’approfondissement des relations entre l’Inde et l’Australie.

Pour aller plus loin :

Indian Navy-led multinational exercise MILAN 2022 begins in Bay of Bengal

Joint Statement on a Comprehensive Strategic Partnership between Republic of India and Australia

2020 Defence Strategic Update

Prime Minister’s Keynote Address at Shangri La Dialogue, juin 2018.

Pacific Step-up, Stepping up Australia’s engagement with our Pacific family

Joint Statement on Inaugural India-Australia 2+2 Ministerial Dialogue,  Septembre 2021.

Joint Declaration on a Shared Vision for Maritime Cooperation in the Indo-Pacific Between The Republic of India and the Government of Australia, 2020.

Mais également deux rapports de l’Observer Research Foundation :

Premesha Saha, Angad Singh, Securing Two Oceans: Bolstering India-Australia Defence Cooperation in the Indo-Pacific, ORF, Janvier 2022.

Premesha Saha, Natalie Sambhi, Evan A. Laksmana, India-Australia- Indonesia Maritime Partnership : Shared Challenges, Compelling Opportunities, ORF, Février 2022.