La politique de sécurité et de défense commune

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L’Institut d’études de sécurité de l’Union européenne a publié début septembre un rapport sur l’impact que peut avoir la pandémie sur les opérations de

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L’AUKUS n’est qu’une des perceptions de l’Indopacifique parmi d’autres

Une semaine après l’annonce de la création de l’AUKUS par les États-Unis, l’Australie et le Royaume-Uni, l’Inde a profité d’une rencontre du QUAD à Washington pour faire connaitre sa position sur la question et, malgré sa proximité avec ses partenaires du QUAD, clairement s’en démarquer. Une semaine auparavant, c’était également le discours sur l’Etat de l’Union et la présentation de la stratégie européenne pour l’Indopacifique, deux textes qui pourraient grandement contribuer à crédibiliser l’action extérieure de l’Union européenne. En effet, il existe plusieurs perceptions de l’Indopacifique, l’AUKUS n’est que l’une d’entre elles. L’UE et l’Inde ont-elles les moyens, et la volonté, de proposer une alternative pour l’Indopacifique ?

La position indienne se démarque de l’AUKUS

Pour sa première réponse officielle à l’émergence de l’alliance AUKUS, l’Inde a, par la voie de son secrétaire des affaires étrangères, pris garde de bien différencier le QUAD et l’AUKUS. Harsh Shringla, lors d’une rencontre avec ses partenaires du QUAD à Washington, a déclaré que le QUAD est « un groupe plurilatéral de quatre pays qui partagent certaines valeurs et une vision de l’Indopacifique » tandis que l’AUKUS est une « alliance sécuritaire » entre trois pays et qui n’a aucun rapport avec le QUAD, ni ne doit influer sur son fonctionnement. Pour finir, il a dissocié l’exercice maritime trilatéral Malabar qui réunit l’Inde, l’Australie et les États-Unis du Quad, et encore plus de l’AUKUS.

Revenant sur un des principes du QUAD, la coopération avec d’autres partenaires en Indopacifique qui partagent ces mêmes valeurs, dont la France. Plutôt silencieuse depuis le revirement de l’Australie, l’Inde se démarque d’une vision purement sécuritaire de l’Indopacifique en mettant en avant la coopération dans d’autres domaines comme la lutte contre le changement climatique, l’aide humanitaire et l’éducation.

Un autre facteur ne doit pas être négligé, et il pourrait avoir son importance vu les conditions dans lesquelles l’Australie a choisi de rompre le contrat avec la France, Paris et Delhi restent farouchement attachés à l’indépendance de leur politique étrangère. Ils peuvent s’associer à des accords multilatéraux comme le QUAD ou des accords bilatéraux comme celui sur le nucléaire avec les États-Unis en 2008 (Inde) ou s’intégrer à la volonté de définir une Politique étrangère et de Sécurité commune (France et l’UE), mais les deux pays souhaitent maintenir une certaine autonomie, d’où leur rapprochement en 1998 et la signature de leur partenariat stratégique.

L’Union européenne et l’Indopacifique

Il aura fallu plusieurs années avant que l’UE ne fasse sien le concept d’Indopacifique. Bien sûr, depuis 1994 et la Nouvelle stratégie asiatique, l’UE cherche à renforcer ses relations avec l’Asie, que ce soit sur un plan économique, politique ou sécuritaire. Différents mécanismes de coopérations, ou de sommets, ont été mis en place dans ce but, la coopération avec l’ASEAN formalisée en 1978 ou la création de l’ASEM avec son premier sommet en 1996 par exemple.

Mais devant la montée en puissance du concept d’Indopacifique qui allait remplacer peu à peu celui d’Asie pacifique, il aura fallu quelques années à l’UE pour qu’émerge une position commune. Un des principaux freins était la relation économique de première importance que certains États membres de l’UE entretenaient avec la Chine. Adhérer à un concept d’Indopacifique marquée par l’influence américaine et son opposition tous azimuts à la Chine pouvait indiquer que l’UE s’alignait sur les positions américaines et ainsi, s’aliéner un de ses principaux partenaires commerciaux, Pékin.

Avec la promulgation par trois États membres (France, Allemagne et Pays-Bas) de stratégies pour l’Indopacifique, et les inquiétudes soulevées par l’attitude de la Chine en mer de Chine méridionale, à Hong Kong, au Xinjiang ou vis-à-vis de Taiwan, l’UE devait donc clarifier ses positions et définir sa propre stratégie pour l’Indopacifique afin de défendre ses intérêts dans la région et marquer sa volonté d’y jouer un plus grand rôle, au-delà d’une simple protection de ses lignes commerciales. En avril 2021, le Conseil européen avait donc chargé le Haut représentant et la Commission de publier une stratégie en septembre 2021.

Septembre 2021, le mois de la crédibilité pour l’action extérieure européenne ?

Ainsi, deux dates pourraient avoir leur importance pour la crédibilité de l’UE dans la région, et dans le monde. Le 15 septembre avec le discours sur l’Etat de l’Union et le programme « Global Gateway » qui se veut être une alternative à la Belt Road Initiative chinoise, voire au programme Build Back Better World (B3W) américain. Et le 16 septembre avec la présentation de « La stratégie de l’Union européenne pour la coopération dans la région Indo-pacifique » par le Haut représentant et la Commission.

Le document fait part de ses inquiétudes quant au respect des droits de l’homme ou du droit de la mer, « menacés par les régimes autoritaires de la région », mais l’UE met en avant la nécessité de construire des partenariats, ou d’en développer de nouveaux, avec les pays de la région qui partagent les valeurs européennes. L’ASEAN y joue un double rôle, à la fois celui de pivot pour la stratégie, mais également un rôle central, car l’organisation serait la plus à même de « construire une architecture régionale fondée sur des règles » et le multilatéralisme.

Ainsi, les grandes lignes de cette stratégie sont :

– d’accélérer les négociations commerciales avec différents pays, comme l’Indonésie ou la Nouvelle-Zélande, de relancer les discussions avec l’Inde, de conclure un accord avec les pays d’Afrique de l’Est ainsi qu’avec certains pays d’Asie du Sud-Est (Malaisie, Philippines et Thaïlande), voire de conclure un accord interrégional avec l’ASEAN,

– de conclure des accords de partenariats et de coopération, que ce soit avec l’Asie du Sud-Est, mais également avec les pays ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique),

– de créer des « partenariats verts » afin de lutter contre le réchauffement climatique,

– de renforcer la gouvernance des océans,

– de créer des partenariats numériques, des coopérations en matière de recherche, mais également des partenariats de connectivité en lien avec la stratégie adoptée en 2019, « Relier l’Europe à l’Asie – Éléments fondamentaux d’une stratégie de l’UE »,

Cette stratégie dépasse donc le cadre uniquement sécuritaire, il ne s’agit pas de contrer l’influence de la Chine (AUKUS et dans une moindre mesure QUAD), mais de composer avec elle tout en renforçant sa coopération avec les pays de la région qui partagent les valeurs européennes, dont les membres du QUAD même si les négociations commerciales entre l’UE et l’Australie risquent d’être affectées par l’affaire des sous-marins.

Par cette stratégie, l’UE démontre qu’elle est favorable à l’émergence de nouveaux partenariats avec les pays de la région, et ce, dans de nombreux secteurs. L’Inde pourrait être un réel pivot de cette stratégie, mais les nombreux accords de coopération scientifiques entre l’UE et la Chine dans le contexte post-Galwan brouille le message européen. Si la dimension sécuritaire reste encore modeste, privilégiant la nécessité d’y faciliter les déploiements des marines européennes afin de faire respecter le droit de la mer et protéger les lignes commerciales, elle devra néanmoins se développer. En s’appuyant, par exemple, sur les stratégies menées par certains États membres, comme la coopération franco-germanique de lutte contre la piraterie, elle pourra de manière ciblée aborder le volet militaire tout en proposant autre chose aux pays de la région qu’un risque d’escalade militaire et une nucléarisation de la région, le TNP, déjà mis à mal par l’accord indo-américain sur le nucléaire civil en 2008, risquant de ne plus avoir beaucoup de valeurs une fois que les détails de la construction de sous-marins nucléaires en Australie seront clarifiés.

Pour aller plus loin :

Pour une étude plus complète sur les relations entre l’Asie et l’Europe, voir ma thèse « La politique étrangère et de sécurité commune et l’Asie : l’ère de l’apprentissage pour la diplomatie européenne ? 1991-2011 » disponible sur les archives de l’Unige.

Harsh Shringla, AUKUS won’t impact Quad agenda, Hindustan Times, septembre 2021.

Indo-Pacific: Council adopts conclusions on EU strategy for cooperation, Conseil européen, avril 2021.

Discours sur l’état de l’Union 2021 de la présidente von der Leyen, Commission européenne, 15 septembre 2021.

UE et région indo-pacifique: des partenaires naturels, Commission européenne, 16 septembre 2021.

La stratégie de l’UE pour la coopération dans la région indo-pacifique, Commission européenne, Haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, 16 septembre 2021.

Relier l’Europe à l’Asie – Éléments fondamentaux d’une stratégie de l’UE, Commission européenne, septembre 2018.

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