Le Conseil de Sécurité des Nations unies dans la politique étrangère indienne

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Depuis le 1er janvier 2021, l’Inde siège en tant que membre non permanent au Conseil de Sécurité des Nations Unies (CSNU). Depuis son indépendance, c’est la huitième fois qu’elle occupe ce poste au sein d’une organisation avec qui les rapports n’ont pas toujours été constructifs. De la déconvenue en 1948 sur la question du cachemire à l’absence de réformes de l’institution alors que l’Inde est candidate à un siège permanent, retour sur l’expérience de l’Inde en tant que membre non permanent et comme Président du Conseil de sécurité comme c’est le cas pour le mois d’aout 2021.

L’Inde au Conseil de sécurité

 La dernière fois que l’Inde a été élue au CSNU pour un mandat de deux ans, c’était pour la période 2011-2012. Avant ce mandat, l’Inde a assuré la présidence du CNSU à neuf reprises, mais, tout comme en 2011-2012, elle occupera ce poste deux fois pour la période 2021-2022, en aout 2021 et en décembre 2022. La présidence du CSNU est tournante, en fonction de l’ordre alphabétique (en anglais), les résolutions proposées doivent être votées par neuf des quinze membres et peuvent être sanctionnées par le veto de l’un des cinq membres permanents (P5).

Le thème des résolutions défendues par l’Inde lors de ses présidences dépendait de deux facteurs, la vision indienne des relations internationales et l’actualité géopolitique. Par exemple, lors de sa présidence en octobre 1977, l’Inde s’est focalisée sur la situation en Afrique du Sud, condamnant par une résolution la répression et le régime de l’apartheid. En accord avec un des grands axes de sa politique étrangère, elle a régulièrement évoqué la situation au Moyen-Orient et en particulier celle des Palestiniens, mais aussi les opérations de maintien de la paix en Somalie, Ex-Yougoslavie ou les différents agendas onusiens (condition de la femme, agenda pour le développement, etc.)

Toutes les résolutions proposées ne furent pas acceptées, car même si seuls les membres du CSNU sont habilités à gérer l’agenda législatif, tout dépend de la position des cinq membres permanents. En cas de division au sein des P5, il y a peu de chances que la résolution soit acceptée. Cependant, le CSNU peut s’accorder pour soutenir une déclaration de la Présidence, au nom des membres, qui, même si ce n’est pas une résolution, a une forte valeur symbolique.

L’Inde en tant que Présidente du CSNU

En droite ligne de ses positions défendues en Indopacifique, l’Inde, par la voix de son Premier ministre Narendra Modi qui a présidé les discussions portant sur l’amélioration de la sécurité maritime, a proposé une déclaration présidentielle en cinq points sur la sécurité maritime (S/PRST/2021/15). De la part de l’Inde, ce fut un risque assumé d’évoquer ce thème qui était abordé pour la première fois sous cet angle au CNSU, d’autant qu’il faisait clairement référence à l’UNCLOS (Convention des Nations Unies sur le droit de la mer du 10 décembre 1982) comme élément essentiel pour assurer la sécurité maritime bien que Pékin émette quelques réserves sur celle-ci.

Ainsi, afin d’améliorer la coopération dans ce domaine, l’Inde a choisi de mettre en avant cinq points :

– la résolution pacifique de toute dispute maritime en accord avec les lois internationales,

– le développement du commerce maritime,

– l’amélioration de la connectivité,

– la défense de l’environnement,

– la lutte contre les différentes menaces sécuritaires pesant sur le domaine maritime comme la piraterie, le terrorisme ou la criminalité transnationale.

Malgré des échanges plutôt houleux entre la Chine et les États-Unis sur la question de la mer de Chine méridionale, l’Inde a réussi à obtenir, par des mots choisis, un soutien unanime de la part du CNSU à sa déclaration, ce qui était loin d’être acquis vu la sensibilité du sujet sur fond de tensions sino-indiennes. Mais l’Inde est régulièrement victime d’un manque de coordination quand il s’agit de sécurité maritime. Comme d’autres nations, et malgré ATALANTE, ses navires sont victimes d’actes de piraterie et détournés, ce qui majore le cout global de transport des marchandises par voie maritime en raison de l’augmentation des primes d’assurances. De plus, en 2008, les commandos terroristes qui ont attaqué plusieurs cibles à Mumbai sont arrivés par la mer.

Durant sa présidence, l’Inde a rappelé son attachement au renforcement de la lutte contre le terrorisme en défendant l’idée d’une Convention globale sur le terrorisme international (CCIT). Là aussi, c’est un sujet sensible pour la diplomatie indienne qui accuse régulièrement le Pakistan de soutenir le terrorisme, y compris dans les territoires revendiqués par l’Inde comme le Cachemire. Une telle motion devrait sans doute faire face à l’opposition du principal allié d’Islamabad au CNSU, la Chine. Aussi, l’Inde s’est attachée à faire voter une résolution qui avait de grandes chances de trouver un consensus, sur les opérations de maintien de la paix des Nations unies (S/RES/2589(2021)), ainsi que deux déclarations présidentielles, une sur la situation en Afrique de l’Ouest (S/PRST/2021/16) et une autre sur, là aussi, les opérations de maintien de la paix (S/PRST/2021/17).

Contrariée par l’absence de réformes d’un système multilatéral qu’elle juge archaïque, sans un statut de membre permanent ni de changement dans le principe du veto, l’Inde ne peut appliquer son agenda international au sein du CNSU. Si c’est aussi le cas pour les autres membres, y compris pour les P5, et ce, malgré sa contribution humaine et financière et sa défense du multilatéralisme, l’Inde doit compter sur des élections à des sièges non permanents pour participer pleinement au débat sur des résolutions, dont l’application, et de plus en plus sujette à caution. Cependant, en observant le résultat de ses présidences, des sujets qu’elle choisit d’aborder en accord avec les autres membres, et ses méthodes, elle cherche également à démontrer qu’elle dispose des aptitudes nécessaires pour occuper un poste permanent.

Pour aller plus loin :

Mission permanente de l’Inde auprès de l’ONU

Provisional Programme of Work of the Security Council – August 2021

Statements made by the President of the Security Council in 2021

Conseil de sécurité, Déclaration du Président du Conseil de sécurité, S/PRST/2021/15, 9 aout 2021

US, China clash over South China Sea at high-level UNSC meeting chaired by India

UN Security Council not ‘suitable place’ to discuss South China sea issue

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