Inde, Chine et Bangladesh : la question de l’eau

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L’Inde et le Bangladesh

Depuis les années 1970, la volonté indienne de domestiquer le Gange est source de tension dans les relations indo-bangladaises. Afin d’assurer l’approvisionnement du Bengale occidental et le fonctionnement du port de Calcutta, l’Inde a construit en 1975 le barrage de Farakka, situé seulement à 11 km de la frontière.

Plus que de l’eau, ce barrage retient les sédiments, ces derniers pouvant jouer un rôle essentiel pour protéger les terres de la montée des eaux, au Bangladesh, mais également dans l’état indien du Bihar. Une étude parue en 2017 estime que la quantité de sédiments transportée par l’ensemble Gange-Brahmapoutre-Meghna est passée d’environ deux milliards de tonnes par an en 1997 à 500 millions de tonnes en 2015. Selon l’étude, l’accumulation de sédiments favorise les inondations en amont du barrage tandis qu’en aval, cela peut accroitre la vulnérabilité du trait de côte.

L’accord conclu en 1996 entre l’Inde et le Bangladesh expire en 2026 et son renouvellement devra prendre en compte ces nouveaux facteurs. Cependant, l’Interlinking Project, en pause depuis plusieurs années, semble en passe d’être relancé et le barrage de Farakka en formera un des piliers. Mais l’Inde et le Bangladesh ne sont pas les seuls acteurs régionaux à vouloir maitriser les ressources hydriques du plateau tibétain, la Chine accélère également la construction de barrages.

L’eau du Tibet

Réalisée par l’ORF©

Dans un focus, nous avions vu que la gestion de l’eau dans l’Himalaya pouvait être source de tensions. Mais depuis l’adoption du 14ème plan quinquennal par le Parti communiste chinois fin octobre 2020, l’Inde et le Bangladesh surveillent un peu plus les projets d’infrastructures réalisés par Pékin au Tibet.

Après l’inauguration en 2015 du plus grand barrage au Tibet, le Zam Hydropower Station, Pékin a officialisé le 29 novembre sa décision, en accord avec le plan quinquennal, de bâtir un barrage encore plus imposant sur le Yarlung Zangbo (Brahmapoutre) dans la région de Medog, non loin de l’Arunachal Pradesh.

La géographie de la région, mais pas sa sismographie, est propice à la construction de barrages avec un dénivelé de 2000 mètres en 50 kilomètres, ce qui permet de produire trois fois plus d’énergie électrique que le barrage des trois gorges. Le Tibet possédant à lui seul 30% des ressources hydrologiques de la Chine, le gouvernement central ne peut faire l’impasse sur cette ressource.

La réaction indienne

Même si selon un accord bilatéral conclu en 2006, la Chine doit fournir à l’Inde des relevés hydrologiques pendant la saison des pluies, les inquiétudes ne sont pas levées pour autant. Aussi, l’Inde envisage désormais de construire également un barrage sur le Brahmapoutre, dans l’Arunachal Pradesh. En plus de fournir de l’énergie, il aurait également pour rôle de prévenir contre toute inondation volontairement déclenchée par les autorités chinoises.

Si pour l’instant ce ne sont que des déclarations, le contexte frontalier ne pacifiant pas le débat, les inquiétudes indiennes et bangladaises peuvent être légitimes au regard de la situation rencontrée par les pays d’Asie du Sud-est qui ont vu le débit du Mékong diminuer suite à la construction d’une série de barrages en territoires chinois.

Pour aller plus loin (en anglais) :

The Farakka Fulcrum of Indo-Bangladesh Hydro-diplomacy

India plans dam on Brahmaputra to offset Chinese construction upstream

China to build a major dam on Brahmaputra river: Official

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