La Chine et l’Afrique

Après s’être intéressée au Moyen-Orient, elle commença à s’intéresser à l’Afrique du Nord et à l’Afrique noire. À la suite de Bandung, les premiers États africains qui nouèrent des relations diplomatiques furent le Maroc et le Soudan en 1958, la Guinée en 1959. Engluée dans l’échec du « Grand bond en avant » et du conflit avec Moscou, la Chine populaire ne pouvait pas mener une vaste politique d’aide au développement en accord avec ses idéaux. Cette situation était de plus compliquée par la présence de Taiwan qui, au début des années 1960, connaissait un début d’embellie économique, mais aussi par l’influence européenne (France, Grande-Bretagne et Belgique) et par la présence de l’Union soviétique en Égypte. Aussi, les progrès de la Chine étaient modestes et en dehors de quelques États, elle noua surtout des contacts avec différents mouvements révolutionnaires africains. C’est par la visite de Zhou Enlai, de décembre 1963 à février 1964 au Moyen-Orient et en Afrique, que la Chine voulut relancer cette politique, il formula à cette occasion les « cinq principes pour le développement des relations avec les pays arabes et africains » et les « huit principes de l’assistance économique » qui se traduisirent par une aide coûteuse, mais effective.

La reconnaissance de la RPC par la France en janvier 1964 facilita les contacts avec l’Afrique francophone dont beaucoup reconnurent le régime de Pékin (Congo, Centrafrique, Tunisie par exemple). En pays anglophone, c’est avec le nouvel État de Tanzanie que les relations progressèrent rapidement. Entre 1973 et 1976, la Chine construisit un chemin de fer entre la Tanzanie et la Zambie avec l’objectif de rivaliser avec le barrage d’Assouan construit par les Soviétiques. Ce sont la rapidité et la qualité de cette voie ferrée qui assureront aux entreprises chinoises une réputation qui leur donnera de nombreux contrats dans les années 1980, ainsi qu’une implantation permanente. Néanmoins, la Révolution culturelle eut des conséquences négatives sur l’image de la Chine dans le continent, des États rompirent les relations avec Pékin par peur d’une contagion, certains iront même jusqu’à reconnaître Taipei, comme la Centrafrique en 1972.

L’admission de la RPC à l’ONU mettait un terme à l’intérêt que pouvait encore représenter Taiwan aux yeux de certains pays africains. La Chine chercha alors à normaliser ses relations avec le Maghreb, avec succès en Tunisie (1977) et en Libye (1978). Après avoir tenté de se rapprocher des pays de la Corne africaine, elle dut se rabattre sur le Soudan et la Somalie auxquelles elle commença à vendre de l’armement. Quant à l’Afrique équatoriale, Pékin entretenait à la fin de l’année 1972 des relations avec la majorité d’entre eux. Elle soutenait toutes les initiatives qui lui paraissait de nature à enrayer la pénétration soviétique. Sur les crises que traversaient certains États comme l’Angola ou le Tchad, elle appuya les décisions de l’Organisation de l’unité africaine tout en intensifiant, durant ces années 1970, son action économique. Les nouvelles directives économiques eurent des incidences majeures sur sa politique africaine, ce continent ne disposant pas des capitaux nécessaires au décollage économique chinois aussi, elle s’en désintéressa quelque peu en limitant son assistance économique, en conseillant aux pays africains de suivre son exemple tout en tentant de se rapprocher des États pro-soviétiques.

Avec une diplomatie mettant en avant le principe de non-ingérence, Pékin put se rapprocher d’États mis au banc de la communauté internationale comme le Zimbabwe, le Soudan ou la Somalie. L’effondrement de l’URSS accéléra le rapprochement sino-africain qui lui permit, tout en continuant son assistance au développement, de sécuriser son approvisionnement énergétique. Dans le cas du pétrole, l’Angola devient en 2005 son principal fournisseur de brut, devançant l’Iran et l’Arabie saoudite, mais elle investit aussi dans le secteur minier (cuivre, nickel, uranium). Le continent est également un débouché pour l’industrie chinoise, textile en particulier, pour son industrie d’armement et pour ses investissements à l’étranger qui tournerait autour de 50 milliards de dollars, soit la plus importante vague d’IDE qu’ait connu l’Afrique au cours de son histoire.

Dans une moindre mesure, elle l’utilise également pour son programme spatial avec une station en Namibie qui lui permet de suivre ses lanceurs et satellites. Devenue en 2006 le troisième partenaire commercial de l’Afrique, derrière les États-Unis et l’Europe, elle a mis sur pied le Forum de coopération sino-africain qui s’est réuni pour la quatrième fois en 2009 après ceux de Pékin (2000), d’Addis-Abeba (2003) et à nouveau de Pékin (2006). Lors du troisième sommet, la Chine annonça l’établissement de centres culturels sur le continent, elle en profita pour s’assurer de la loyauté diplomatique des 48 hauts représentants des pays présents en octroyant des lignes de crédit et en annulant une partie des dettes précédentes.

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