Le programme nucléaire de la RPC et sa doctrine

La RPC débuta ses recherches dans le domaine du nucléaire au début des années 1950. La guerre de Corée et la crainte que l’arme nucléaire ne soit utilisée par les Américains contre la Chine l’avait poussé dans cette voie[1]Le 6 avril 1951, devant l’avancée des troupes de la Corée du Nord et après que les Nations Unies lui aient imposé de mener une guerre limitée, le commandant des forces des Nations Unies, le … Continue reading. La Chine comptait sur l’effet dissuasif de l’arsenal de son alliée, l’Union soviétique, qui avait fait exploser son premier engin expérimental dès 1949. L’URSS refusait d’aider la RPC à développer un programme nucléaire militaire mais un accord sur le développement de l’électricité nucléaire fut signé. Après la crise de Taïwan de septembre 1954, Mao Tsé-toung annonça le 15 janvier 1955 que la Chine développerait son arme stratégique dans le cadre du « projet 02 ». En janvier 1955, Pékin signa avec Moscou un accord pour fournir de l’uranium à l’URSS en échange d’une aide pour ses études.

En 1956, le plan scientifique, portant sur 12 ans, fut approuvé mais il nécessitait une population scientifique qui n’existait pas encore en Chine et il fallait d’urgence former des enseignants. Plusieurs centaines d’étudiants ayant terminé leurs formations furent envoyés se perfectionner en URSS. La Chine disposait tout de même d’un certain nombre de cerveaux dont Qian Sanqiang qui devient en 1956 l’architecte du programme nucléaire. Il était rentré en Chine en 1948 pour prendre la direction de l’Institut de recherche nucléaire après avoir travaillé à paris avec Irène et Frédéric Joliot-Curie au Collège de France.

Initialement, l’assistance soviétique se limitait à la production d’électricité nucléaire. En 1957, Khrouchtchev devant affronter des dissensions internes après sa dénonciation des crimes de Staline, chercha à s’allier la Chine en acceptant un accord de transfert de technologies nucléaires, civile mais aussi militaire, ainsi que des missiles. L’URSS envoya des conseillers et le réacteur expérimental à eau lourde de 7000 kW devint opérationnel en juin 1958 à l’usine 601 de Pékin. Fin 1958, les relations sino-soviétiques se dégradèrent et Khrouchtchev annonça à Genève en 1959 sa politique de coexistence pacifique qui avait pour but de limiter la prolifération nucléaire, ce qui mettait à mal l’accord sino-soviétique. Mao Tsé-toung qualifia cette politique de révisionniste et coupa les ponts avec l’URSS, tous les conseillers soviétiques étaient rentrés en URSS au 12 août 1960 en emportant tous leurs documents.

Heureusement pour la Chine, un certain nombre de scientifiques formés aux États-Unis à un très haut niveau était rentrés depuis 1955, parmi lesquels se trouvaient les futurs dirigeants des grands laboratoires. On peut citer, en plus de Qian Sanqiang, son épouse He Zehui ou Zhou Guangzhao qui était spécialisé dans la détonique, il reçut la médaille du Comité central du PCC pour ses travaux sur la bombe A et la bombe H. D’autre part, les étudiants envoyés en Russie commencèrent à revenir, leurs qualifications obtenues. Comme la plupart des scientifiques chinois, ils furent mobilisés pour le programme militaire. Au début des années 1970, la Chine comptait presque une centaine de milliers de chercheurs. Les aléas politiques désorganisèrent toutes les entreprises en envoyant leurs cadres dans les campagnes pour les rapprocher du peuple, mais les instituts scientifiques furent relativement épargnés. Le maréchal Nie, avec l’appui de Zhou Enlai, organisa leur protection militaire contre les excès des gardes rouges et les recherches purent continuer.

En 1934 et 1939, des gisements d’uranium avaient été découverts dans les régions du Jiangxi et du Guangxi. Des exploitations minières furent mises en service de 1954 à 1956 mais le minerai fut souvent gâché par l’idéologie de la Révolution culturelle qui mettait en avant les petites exploitations. En 1958, un réacteur au plutonium fut mis en fonctionnement mais les scientifiques n’arrivaient pas à mettre au point les méthodes de retraitement, ni la métallurgie sur lesquelles la documentation en libre circulation n’apportait pas de solution. Malgré cela, les chinois commencèrent à obtenir à la fin des années 1960 les premiers kilogrammes d’UF-6. En 1963, ils disposaient d’un stock de 10 tonnes d’UF-6 qu’il fallait maintenant enrichir. Le départ des experts soviétiques compliqua un peu la tâche mais une usine d’enrichissement fut créée à la mi-1963 et à la fin de l’année, les premiers conteneurs d’UF-6 enrichi à 90 % étaient prêts à partir pour les étapes finales de la réalisation d’un engin. Le site pour les essais nucléaires avait été déterminé dès 1958, c’était le lieu d’une victoire des troupes communistes sur les troupes nationalistes grâce aux renforts du général Nie Rongzheng, désormais responsables du programme. Le 16 octobre 1964 à 15 heures, la Chine fit exploser son premier engin qui dégagea une énergie de 22 KT132. Mao Tsé-toung déclarera que la bombe atomique n’est qu’un « tigre de papier » et que la Chine développait l’arme nucléaire pour sa défense et pour protéger le peuple chinois des menaces américaines de déclencher une guerre nucléaire. Il annonce aussi que la Chine ne sera jamais la première à utiliser l’arme nucléaire, c’est donc une arme de dissuasion et non de première frappe.

La RPC en a profité pour appeler à une conférence pour discuter de la prohibition totale et du démantèlement complet des armes nucléaires. Mao Tsé-toung voulait que les pays nucléaires s’engagent à ne pas utiliser l’arme atomique contre les pays non nucléaires, dans les zones non-nucléaires, ni entre eux. Cette proposition en interdisait tout usage, ce qui aurait permis aux forces conventionnelles (et à celle du nombre) de redevenir les seuls moyens d’actions. Ces déclarations ont eu pour effet la constitution par les États-Unis en 1965 d’un groupe de réflexion sur la limitation des armes nucléaires qui fut le moteur de l’action de Johnson en 1966 pour initier le traité de non-prolifération.

Le 14 mai 1965, un bombardier moyen H-6 largua une bombe atomique dont l’énergie était comparable au premier essai, l’engin était devenu une bombe opérationnelle. En 1966, les Chinois larguèrent une bombe de 200 KT. Le premier test réussi d’un missile muni d’une charge nucléaire eut lieu le 27 octobre 1966 avec un missile Dong-Feng-2 de 800 Km de portée. Le premier essai thermonucléaire fut mené le 17 juin 1967, le programme connut donc un développement très rapide. Au milieu des années 1970, la Chine était capable de réaliser des charges de plusieurs mégatonnes mais relativement lourdes, de 2 à 3 tonnes. Le développement de charges plus légères fut entrepris et elle aurait développé de septembre 1992 à juillet 1996, grâce à des essais souterrains des têtes d’environ 700 kilos, ce qui permet d’en intégrer plusieurs sur un missile. D’autre part, la Chine aurait testé une bombe à neutrons de faible puissance le 29 septembre 1988. Depuis 1984, elle est membre de l’Agence internationale pour l’énergie atomique[2]http://www.iaea.org/About/Policy/MemberStates/index.html, elle est membre du Traité de non-prolifération nucléaire[3]http://www.un.org/Depts/dda/WMD/treaty/ depuis mars 1992 et du Traité d’interdiction complète des essais nucléaires (CTBT) depuis le 24 septembre 1996[4]http://www.un.org/disarmament/WMD/Nuclear/CTBT.shtml. Selon le Stockholm International Peace Research Institute, la Chine posséderait 186 têtes nucléaires[5]http://www.sipri.org/research/armaments/nbc/nuclear.

La structure

La COSTIND, longtemps dirigée par le maréchal Nie Rongzheng, organisait et administrait le programme nucléaire chinois. Après la réforme de la COSTIND en mars 1998 et la naissance du Département général de l’armement (GAD), la séparation entre les secteurs civils et militaires fut plus marquée. Le GAD avait en charge la gestion du programme militaire tandis que la China Nuclear Industrial Group et la China Nuclear Engineering and Construction Group avaient en charge le programme civil, sous la supervision de la nouvelle COSTIND et du GAD jusqu’à mars 2008 et la nouvelle réforme ou la remplaçante de la COSTIND, la SASTIND perdit la gestion de l’énergie nucléaire qui fut confiée à une nouvelle entité, la National Energy Commission.

Les installations dédiées au programme militaire sont :
– Le champ de tir de Lop Nor au Xinjiang.
– Le centre de production de matériaux et de composants de Baotou en Mongolie intérieure.
– Les installations d’enrichissement par centrifugation gazeuse de Hanzhing au Shaanxi.
– L’installation d’enrichissement et l’usine pilote de retraitement de l’uranium de Langzhou au Ninxia.
– Le réacteur de production de plutonium au Sichuan, le complexe 821.

Données de 2012, mise à jour en cours.

References

1 Le 6 avril 1951, devant l’avancée des troupes de la Corée du Nord et après que les Nations Unies lui aient imposé de mener une guerre limitée, le commandant des forces des Nations Unies, le général Macarthur, avait déclaré qu’il souhaitait mener une guerre totale contre la Chine et la Russie en bombardant la RPC et la Corée du Nord à l’aide d’armes atomiques pour négocier ensuite avec l’URSS, il fut remplacé le 11 avril.
2 http://www.iaea.org/About/Policy/MemberStates/index.html
3 http://www.un.org/Depts/dda/WMD/treaty/
4 http://www.un.org/disarmament/WMD/Nuclear/CTBT.shtml
5 http://www.sipri.org/research/armaments/nbc/nuclear

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