De l’influence étrangère à une indianisation progressive

L’armée indienne moderne trouve ses racines dans la Compagnie anglaise des Indes orientales (British East India Company) créée en 1600 mais aussi dans la Compagnie française des Indes orientales établies en 1664, dont le siège était à Lorient, Pondichéry étant le comptoir français le plus important en Inde. Les Français furent les premiers à lever des compagnies exclusivement indiennes et à les utiliser conjointement avec des soldats européens. Les Britanniques suivirent leur exemple dans les années 1740. Les unités britanniques furent divisées en trois armées correspondant aux trois centres de la compagnie, à Calcutta, à Bombay et à Madras. En 1748, les armées de la Compagnie anglaise des Indes orientales furent confiées au commandant Stringer Lawrence qui est considéré aujourd’hui comme le créateur de l’armée indienne moderne.

En théorie, les trois armées étaient sous commandement commun mais dans la pratique, elles disposaient d’une autonomie considérable vu la distance qui les séparait. Jusqu’à la fin du dix-huitième siècle, la grande majorité des soldats de chaque armée étaient des Sepoys, mot dérivé de l’hindi signifiant officier et plus tard soldat, traduit en français par Cipaye. Les unités Sepoys étaient commandées par des officiers britanniques qui occupaient les principaux grades, mais ils étaient secondés par des officiers indiens. En plus de ces unités Sepoys, quelques unités de l’armée britannique étaient déployées dans le sous-continent.

Peu après la rébellion des Sepoys en 1857-58, le rôle des armées dut être réévalué. La couronne britannique prit directement le contrôle des territoires de la Compagnie anglaise des Indes orientales en 1861, l’armée du Bengale fut dissoute et le nombre total des Sepoys passa de 230000 à 150000 tandis que les effectifs britanniques passèrent de 40000 à 75000.

La plupart des unités d’artillerie indienne furent démantelées et l’artillerie passa sous commandement exclusivement britannique. En suivant la maxime « diviser pour mieux régner » les Britanniques s’assurèrent que le sentiment national ne se développe pas parmi les troupes indiennes pour éviter de saper la domination impériale. De plus, les régiments indiens seront désormais organisés par territoire et composés uniquement de soldats provenant de la même caste ou de la même religion. Lorsque plusieurs régiments seront regroupés en bataillons, des efforts considérables seront faits pour marquer la distinction sociale et culturelle entre eux.

Les réformes administratives de 1895 créèrent un commandement central de l’armée à New Delhi et le mouvement de centralisation se poursuivit jusqu’au début du vingtième siècle. En 1902, Lord Kitchener fut nommé commandant en chef des armées indiennes qu’il réorganisa pour aboutir en 1904 à la création d’une armée composée de 39 régiments de cavalerie portant chacun un nom particulier. Durant la première guerre mondiale, l’armée indienne contribua au conflit en envoyant 1 million de soldats sur les fronts dont plus de 100000 furent tués. Pendant le conflit, on se rendit compte que lors de la mort des officiers britanniques, le régiment se trouvait désorganisé car les sous-officiers indiens ne possédaient pas l’autorité et l’expérience pour commander, de plus ces officiers ne pouvaient être affectés à un autre régiment du fait du communautarisme pratiqué lors de la création des régiments. À la suite de la guerre, l’armée fut donc de nouveau réorganisée.

En 1921, l’infanterie fut groupée en 19 régiments, composés chacun de cinq bataillons actifs, d’un centre d’entraînement et d’un bataillon territorial, tous les bataillons devinrent mixtes et non plus formés selon l’appartenance à une caste. Sous la pression de la population indienne, les Britanniques commencèrent à former un petit groupe d’officiers indiens, les prémices de l’indianisation du corps des officiers. La Royal Indian Air Force fut créée en 1932 et une petite unité de marine, la Royal Indian Navy, fut organisée en 1934 et les premiers bataillons d’artillerie indiens apparurent en Au moment ou la Grande-Bretagne entra dans la seconde guerre mondiale, le vice-roi des Indes et gouverneur général, Victor Alexander John Hope, déclara la guerre à l’Allemagne sans consulter les leaders politiques indiens. La déclaration de guerre fut approuvée par la législature locale sans opposition, le Congrès national indien ayant boycotté la session. Entre 1939 et la mi-1945, l’armée britannique indienne passa de 175000 hommes à plus de deux millions. Il faut souligner que l’incorporation était faite sur la base du volontariat, la marine et l’armée de l’air furent également renforcées.

Les troupes indiennes étaient déployées sous commandement britannique en Afrique, en Italie et dans le Moyen-Orient mais elles étaient surtout présentes en Birmanie et dans l’Asie du sud-est à partir de 1941 pour lutter contre l’armée impériale japonaise. En Asie, les Japonais tentèrent d’exploiter le nationalisme indien et le sentiment anti-britannique en formant et en approvisionnant une armée indienne parallèle, l’Indian National Army, composée en majeure partie de troupes indiennes qui s’étaient rendues aux  japonais à Singapour en février 1942. Son effectif était de 25000 hommes et elle était dirigée par Subhas Chandra Bose, un ancien militant du congrès, qui s’était autoproclamé gouverneur de l’Azad India, l’Inde libre. Dans cette armée se trouvait un contingent uniquement féminin de 1500 combattantes. L’Indian National Army combattit peu au côté des Japonais, elle participa néanmoins à l’invasion de Manipur (nord-est de l’Inde sur la frontière birmane) en mars 1944 ou elle fut défaite aux batailles de Kohīma et d’Imphal.

L’INA fut dissoute en mai 1945 par manque de matériels, des difficultés d’approvisionnement et des nombreuses défections. À la fin de la guerre, les Britanniques traduisirent en cour martiale trois officiers de l’INA mais sous la pression populaire et grâce au soutien qu’ils reçurent de la part de grandes personnalités du Congrès, Nehru en tête, ils furent déclarés coupables mais amnistiés par la suite. En revanche, après l’indépendance, Nehru refusa de les intégrer dans l’armée indienne de peur qu’ils ne provoquent des troubles.

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